Post-scriptum : Abdellah Taia, l’authentique

Post-scriptum : Abdellah Taia, l’authentique

Il faut tout d’abord saluer cette initiative de création d’un café littéraire et en remercier les initiateurs, les lieux de culture étant tellement peu nombreux dans notre pays… Les organisateurs étaient, ce soir là, particulièrement heureux d’ailleurs car l’affluence n’avait jamais été aussi nombreuse. Ce qui montre que Abdellah Taia attire, suscite la curiosité et donne envie de le découvrir. Lui-même en semblait tout surpris et s’en montrait visiblement impressionné ! La première chose qui saute aux yeux -lorsque l’on est de bonne foi- est tout d’abord qu’il ne faut pas venir rencontrer le jeune écrivain comme un «objet de curiosité», il est très, très loin du cliché que d’aucuns voudraient lui coller et, conscient que l’on aimerait ne voir en lui  qu’un auteur folklorique, il s’efforce –et réussit fort bien- de montrer sa profondeur. Car ce jeune écrivain, il n’a que 37 ans, outre le fait d’être talentueux, révèle dans son discours une personnalité riche, complexe et attirante. Ce qui frappe aussi lorsque l’on s’attache à ses mots, c’est le courage qu’ils mettent en relief, il faut en effet l’écouter  raconter comment à son adolescence, alors qu’il vivait à Hay Salam à Salé, il était devenu la cible de tout ce quartier populaire de par son orientation sexuelle et comment certains soirs, d’aucuns se réunissaient sous les fenêtres de l’appartement familial pour lui hurler des insanités. Comment a-t-il pu résister à une telle violence, comment a-t-il pu surmonter pareille épreuve ? En se «retirant du monde réel» à cette époque là puis en mettant toute sa rage, toute son envie de vaincre dans l’écriture, par la suite.
Du coup, passionnés par le récit que Abdellah fait de son enfance, de sa vie, de sa famille, de son quartier natal et sa faculté à en tirer des exemples pour faire des parallèles avec les travers de notre société, il est clair que les questions tournent moins autour de son écriture, de ses ouvrages et beaucoup plus autour de lui, de sa personnalité. Encore faut-il avoir l’honnêteté de reconnaître qu’il n’y est pour rien et que ce sont bien ses questionneurs qui l’orientent sur ce terrain, il ne faut d’ailleurs pas le regretter car l’écrivain a mûri et acquis une vraie maturité due bien sûr à son vécu au Maroc mais frottée et confortée par sa vie à Paris. Le garçon est en tout cas sincère, franc, sans concessions sans être agressif et montre un réel attachement au Maroc, à sa famille, à son quartier auxquels il se réfère sans cesse. De plus il se montre soucieux et concerné par le présent et l’avenir de la jeunesse marocaine, il a beaucoup à dire sur le sujet et en parle avec émotion. Conclusion : Abdellah Taia il faut le lire certes mais il faut aussi l écouter,il a beaucoup à dire et il ne faut surtout pas l’enfermer dans le stéréotype du «jeune écrivain gay», il mérite bien mieux que cela !

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