Post-scriptum : Le droit à l'(in) différence

Post-scriptum : Le droit à l'(in) différence

C’est un billet talentueux paru dans le quotidien Al Bayane et écrit par Hamid Lahbabi qui a inspiré ma chronique de cette semaine. Il y explique qu’au Maroc «se démarquer de quelque manière que ce soit n’est pas bien vu, comme il n’est pas de bon ton, non plus, de s’exprimer, de manifester sa personnalité par voie verbale, vestimentaire, artistique ou même de comportement». En une phrase, Si Lahbabi a résumé l’un des maux principaux de notre société: les freins opposés à toute idée novatrice, tout personnalité «extra-ordinaire», tout projet  innovant, toute initiative  sortant de la «norme»… Norme qui s’apparente d’ailleurs bien plus à un carcan, qu’à un cadre. C’est ainsi que l’on coupe les ailes à tout élan, toute créativité, toute différence, tout anti-conformisme ; or c’est bel et bien la différence (et le respect, et l’acceptation de cette différence) qui fait avancer une société.
Une société a besoin d’être «bousculée», confrontée à des idées dérangeantes… pour évoluer. Si notre culture, notre musique, notre cinéma, notre théâtre sont restés sans renouveau pendant si longtemps, c’est justement parce qu’ils ont été stérilisés par  ce refus de la différence. Si notre jeunesse se sent à ce point marginalisée, c’est aussi parce qu’elle «dérange» par son aspect,  son comportement ; sa liberté revendiquée… Si autant d’esprits « novateurs s’auto-censurent, c’est à cause de la pression normative exercée sur eux, par la crainte qu’ils ressentent d’être mis à l’index, d’être «bannis»… comment donc s’étonner si notre mouvement associatif, notre littérature, notre espace culturel, notre presse… font preuve d’aussi peu d’innovation et si la banalité des idées, des projets est effarante. Si Lahbabi cite l’exemple de Momo et Hicham du L’Boulevard, on pourrait multiplier, malheureusement, la liste des personnalités ou des idées stigmatisées parce que différentes ou tout simplement exprimant un non-conformisme au «climat» ambiant. Pour parler de ce que je connais bien, je pourrais citer l’exemple de tous ces jeunes Marocains de l’étranger rentrés au pays, et qui essaient d’apporter leur originalité : ils sont aussitôt taxés d’être des «contamineurs» d’apports étrangers. Là aussi leur comportement, leur spécificité, leur rigueur, leur esprit différent, dérangent et inquiètent les tenants du statu quo.
Pourtant ne leur en déplaise, par la force des choses, le souffle de l’innovation, le droit à la différence triompheront, j’en veux pour preuve ce qui est en train de se passer au niveau musical, au niveau associatif où l’on assiste à une sorte de «movida». J’ai cependant un point de désaccord avec Si Lahbabi, les «coupeurs d’aile», les tenants du sur-place ne sont pas ceux qu’il décrit –en tout cas pas seulement- Certes notre bureaucratie est castratrice, mais le clan des «conservateurs» est bien plus vaste. En tout cas, le soutien à l’innovation ; à la modernité est réel dans notre pays , l’exemple de SM le Roi qui a fait bénéficier les groupes de la nouvelle scène musicale de dons royaux en est un évident signe. Le droit à la différence s’accompagne du devoir d’innovation, et en grossissant le trait, les deux s’imposeront lorsqu’ils atteindront le droit à l’indifférence.

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