Post-scriptum : Lissasfa la pauvre, lissasfa la fière…

Ils s’appellent Mustapha et Redouane, ils ont 20 ans, avec une équipe de jeunes militants, tous membres de l’association «Attawassoul Lissasfa», ils ont eu l’idée d’organiser du 9 au 16 mai le premier «Festival sportif» de leur quartier, dédié à la mémoire des victimes des attentats du 16 mai 2003. Le sport contre la violence, le fair-play contre l’intolérance, le dépassement de soi contre le terrorisme; le symbole est fort : trois ans après que des jeunes de leur âge, issus eux aussi d’un bidonville, se soient fait exploser en entraînant la mort, les jeunes de l’un des quartiers les plus pauvres de Casablanca ont donné un contenu au «devoir de mémoire». Tournoi de ping-pong à la Maison des Jeunes , course sur route où jeunes garçons et jeunes filles ont couru pieds nus, tournoi de foot, concours d’échecs… les jeunes militants de «Attawassoul» ont «mis le paquet» pour -durant toute une semaine- exprimer leur refus du terrorisme et commémorer le 16 mai.  Les jeunes de Lissasfa sont fiers et, comme ils le disent eux-mêmes, ils ont du mal à demander…Ils ont cependant la chance de se trouver sur le territoire d’un des gouverneurs au bagage riche d’expérience et parmi les plus anciens de la métropole, Si Haj Foukkar, qui leur a ouvert grandes les portes de la préfecture; ils ont aussi trouvé un réel soutien auprès du délégué de la Jeunesse et des Sports, quant au soutien physique et moral ils l’ont aussi trouvé auprès des jeunes présidents des autres associations de jeunes des quartiers, membres du réseau Maillge. Comme quoi l’union des différentes forces peut se faire et donner un résultat concret et palpable: car la réussite a été au rendez-vous, puisque pendant une semaine les jeunes des familles démunies de Lissasfa s’en sont donné à cœur joie sous une immense banderole où était écrit en lettres majuscules le mot: PAIX.  Lissasfa la pauvre, Lissasfa la fière a (re) découvert ses enfants, car il fallait voir tous ces gosses, ces adolescents, ces jeunes donner des couleurs à leur quartier, même si celui-ci se trouve, comme ils disent, «de l’autre côté du soleil». Quel merveilleux pari sur l’avenir de voir des jeunes tels Redouane et Mustapha -ayant à peine de quoi payer les transports en commun pour effectuer les nombreuses démarches- faire preuve d’autant d’abnégation, de volonté, d’esprit d’initiative et se dévouer à ce point pour d’autres jeunes. Quel réconfort aussi ! Je sais que d’aucuns verront dans de telles paroles des propos lénifiants, d’autres m’accuseront de faire preuve d’optimisme béat… mais croyez-moi, je sais de quoi je parle. Pour partager depuis 4 ans le quotidien de nos jeunes dans les quartiers les plus défavorisés, j’ai eu la possibilité d’emmagasiner expérience, vécu et sens du terrain, c’est pourquoi je peux dire à quel point les jeunes de «Attawassoul Lissasfa» sont représentatifs de toute une partie de notre jeunesse. Ils ont su allier durant une semaine devoir de mémoire et désir d’avenir et avec très peu de moyens ils ont tracé une voie entre embrigadement intégriste et délinquance ou résignation, la voie de l’engagement et de l’espérance. Il ont couru pieds nus… mais ils sont arrivés !

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