Post-scriptum : Morts…

Post-scriptum : Morts…

je veux m’acheter une mobylette ! Je suis heureux, le mois prochain j’aurai réuni une somme suffisante pour réaliser mon projet …
– Je m’appelle Benoît, j’ai 25 ans  et j’habite Paris, je suis étudiant en médecine, les vacances de Pâques m’ont donné l’occasion de venir visiter Marrakech avec ma copine Aurélie. Nous avons trouvé un petit hôtel en médina, très sympa , pas cher,  et nous commençons à découvrir cette ville, toutes ces petites ruelles aux échoppes multicolores sont l’objet des multiples photos que je réalise pour nos futurs souvenirs communs. On nous a parlé de la terrasse  de l’Argana d’où il y a une super vue sur la foule, nous nous y installons pour déguster un thé à la menthe. – Je m’appelle David et avec ma femme nous sommes revenus sur la terre de nos ancêtres, pour célébrer les fêtes de Pessah à Casablanca dans notre famille restée au pays, nous, nous vivons au Canada où je viens de créer mon entreprise. C’est mon oncle qui nous a poussés à venir passer quelques jours dans cette ville que l’on appelle «la Perle du Sud»… nous montons de Guéliz où se trouve notre hôtel car nous tenons à voir cette place célèbre dans le monde entier, Jamaa el Fna. Mon épouse est un peu fatiguée, elle a accouché d’un superbe garçon il y a quelques mois, nous l’avons confié à ma mère… Je vois une table disponible dans ce café, l’Argana nous allons y faire une petite halte. – «Chers parents, je vous envoie cette carte postale, installé à un petit café devant une place bariolée, qui grouille de monde et dont je n’arrive pas à retenir le nom. Je suis agréablement dépaysé et j’ai rencontré de jeunes Marocains qui font de la musique, de la fusion, j’ai rendez-vous avec eux dans ce café…Je les vois ils arrivent ! Je vous laisse et vous embrasse. A bientôt votre fils, John.» – L’ Haj Mustapha, notre voisin dans notre quartier de Derb Sultan à Casablanca, a vraiment bien fait de m’indiquer cette «pension» où l’on peut louer une chambre à la journée pour un prix modéré, je viens de prendre ma retraite et Lalla Fatima mon épouse, a insisté pour que l’on vienne passer quelques jours à Marrakech, depuis ce matin elle ne cesse de me traîner de magasin en magasin, là elle s’est arrêtée pour acheter des épices, de la menthe et des citrons confits. Moi j’ai envie de boire quelque chose de frais, je vais m’installer à cette terrasse pour l’attendre. L’Argana ! C’est plein, mais je vais partager cette table avec ce couple de vieux Européens. … / … «Si Mohamed par ci, Si Mohamed par là» beaucoup de monde à servir aujourd’hui…je transpire mais je me dis que nous sommes le 28 avril, dans 2 jours le salaire , et au bout…ma mobylette ! Je vais servir le thé à cette table de jeunes Français qui font un bruit d’enfer puis je passerai un coup de fil à el oualida pour lui dire que je ramènerai un poulet pour ce soir…
Je pense beaucoup à l’avenir, à mon avenir en ce moment, je fais des projets, je pense au mariage, j’ai confiance, je suis plein d’espoir… mais tiens… c’est quoi ce gros sac…  là… déposé près de cette table ?…/… (Les personnages de cette chronique sont fictifs…quoique – après tout, qu’en savons-nous ?- puisque nombre de ceux qui étaient à l’Argana ce jour là, sont morts, victimes de la barbarie ! Ce texte est un très modeste hommage à leur mémoire…)

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