Post-scriptum : notre darija

Post-scriptum : notre darija

Pourtant, une évidence devrait s’imposer, tant elle est limpide, la darija marocaine est la langue qui unit, qui cimente, qui permet le dialogue entre nous tous, du Nord au Sud, en y ajoutant les régions du monde où vit notre communauté ; puisque même s’ils s’expriment en français, en italien, en allemand, tous les enfants issus de l’immigration ont une connaissance suffisante de la darija pour comprendre et se faire comprendre. D’où vient donc la virulence du débat et l’âpreté des propos ? Ils viennent -me semble-t-il- de l’intransigeance des «arabophones purs et durs», qui contre l’évidence ne veulent voir et entendre que cette langue -quitte à se mentir à eux-mêmes-, la veulent hégémonique et en rajoutent en faisant de la darija, l’outil de je ne sais quels comploteurs qui envisageraient la destruction de notre identité ! Et oui, ni plus ni moins !! Or, la darija est justement le reflet de notre identité, de notre diversité, de notre pluralité. Au fil des temps, elle s’est faite d’apports, d’ajouts, elle a cimenté en elle des expressions, des termes, des mots, des accents pour donner ce qu’elle est aujourd’hui. Sa force étant d’ailleurs qu’elle est en perpétuel mouvement, en perpétuel devenir. Bref, elle nous ressemble et nous rassemble, elle dit ce que nous sommes !
Pour reprendre le slogan de l’association Marocains Pluriels : «la diversité, patrimoine de notre avenir», l’on peut dire que la darija s’est faite avec nos arrières-grands-parents, nos grands-parents, nos parents pour parvenir à nous et se projeter vers les générations futures, car une autre de ses forces est d’être un outil de dialogue inter-générations inégalé. Pourquoi donc une telle haine de ceux qui voudraient que nous soyons uniformes, unicolores, peut-être justement parce qu’elle met à mal leur mythe… Et puis, est-il utile de le préciser, la darija n’est pas l’ennemie de la langue arabe, elle ne peut l’être, elle ne doit pas l’être. Au contraire, la darija est un «pont» vers la langue arabe, une passerelle qui mène à elle et qui d’ailleurs en vient en partie.  Notre quotidien, nos conversations familiales, nos blagues entre amis, nos chansons, nos engueulades… se font en darija ! Mieux, nos rêves se font en darija, et oui dans l’immense majorité des cas, nous rêvons en darija ! Pourquoi vouloir culpabiliser, complexer, nier cette réalité ? Cela signifie-t-il que nous ne pouvons pas nous exprimer en arabe, ou d’ailleurs en berbère, en français, en espagnol : arrêtons donc de vouloir soustraire et efforçons-nous d’additionner… Ne dressons pas artificiellement et inutilement des murs entre nous, n’opposons pas les facettes diverses d’une identité commune, au contraire, profitons de nos capacités, de notre créativité et inventons : la vérité est sûrement dans un savant mélange, dans une langue encore et toujours en  devenir…

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