Post-scriptum : Quartiers…

Populaires, défavorisés, en difficulté, démunis… malpropres, pas entretenus, sales… les qualificatifs pour désigner les quartiers ne manquent pas. Peu valorisants, avouons-le.De mon expérience (longue) au sein de la jeunesse issue de l’immigration en France, prolongée et enrichie au coeur de notre jeunesse ici dans nos quartiers, j’ai pourtant tiré une conclusion, c’est que ces quartiers représentent un lieu identitaire très fort pour les jeunes qui y vivent. En effet et ce sont là que quelques exemples : les jeunes de Derb Soltane se reconnaissent et se définissent comme ouled derb Soltane, ainsi ceux de Hay Mohammadi… à Casa, tout comme se revendiquent de leur appartenance à leur derb ceux de Takaddoum ou Yacoub El Mansour à Rabat… et cela se vérifie partout.
En France, on assimile cela à un «repli», thèse avec laquelle je ne suis pas d’accord : ici on s’est encore peu interrogés sur le phénomène. Pourtant il existe et est patent chez les jeunes. Leurs parents quant à eux sont liés à leur douar, à leur ville, à leur région d’origine et notre pays est par ailleurs très marqué par cette identification : les Fassis, les Marrakchis, les Soussis, les Oujdis, les Doukkalis, les Arroubias etc. Les enfants s’identifient bien plus au lieu où ils vivent et où souvent d’ailleurs ils sont nés. Cela peut paraître «moindre», or c’est à mon avis au contraire un élément structurant dans la construction identitaire du jeune.
S’identifier à son quartier peut être certes négatif si celui-ci est vévu comme un ghetto social, un lieu de pauvreté intellectuelle, un endroit de «manques» (sociaux, culturels, sportifs…) or si l’on s’arrête sur l’aspect positif on ressent un attachement certain de ces jeunes pour leur cité, derb, hay; pourquoi ne pas utiliser cet attachement comme un tremplin. Au moment où, à Casablanca par exemple, on ressort les règles sur la propreté, le respect de l’environnement… pourquoi ne pas utiliser cet aspect identitaire et affectif pour faire de ces jeunes les vrais acteurs et garants de l’état et de l’amélioration du cadre de vie. Les talents au sein de ces quartiers ne manquent pas, les volontés non plus : le mouvement associatif est d’ailleurs précurseur en la matière; mais cela peut prendre bien d’autres formes : médiation sociale, «petits emplois» de proxomité, recrutement d’une «nouvelle race» d’auxiliaires d’autorité etc.
Cela doit aussi s’accompagner (et accompagner) une indispensable évolution des mentalités, et par exemple ne plus prononcer de façon prégorative (et vivre de façon inquiète ou méprisante) les termes «ouled derb» «ouled hay»; d’abord parce que nous le sommes tous, ensuite parce que l’histoire nous montre que c’est souvent là qu’elle se fait. (Re) faire de nos quartiers, des lieux de vie, leur redonner considération et respect passe par la prise de conscience de l’identification de toute une population à ces lieux. A nous de la rendre positive et dynamique.

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