Post-scriptum : Salutations et non salamlecs

Il y a encore très peu d’années de cela, peu nombreux étaient ceux qui pouvaient espérer – je parle du commun des mortels – serrer le main d’un gouverneur, d’un wali … quand ce n’était pas celle d’un «simple» agent d’autorité. Aujourd’hui, il faudrait être de bien mauvaise foi pour ne pas constater à quel point les choses ont changé : les représentants de l’administration, les gouverneurs, les walis… sont disponibles, ouverts et vont au-devant de la population ! C’est ce que d’aucuns appellent le nouveau concept d’autorité, c’est surtout une façon moderne et humaine de gérer les rapports humains. C’est l’un des nombreux acquis de la «nouvelle ère». Pourquoi faut-il que l’on en arrive à caricaturer: s’asseoir à une table, faire valoir son point de vue, dialoguer, apprendre aussi à écouter… bref être un interlocuteur est le «b.a.-ba» de la citoyenneté. Doit-on pour autant se considérer comme «vendu», et à qui Grand Dieu ? Jusqu’à quand inculquera-t-on à nos jeunes que l’Etat est l’ennemi et que serrer une main  ( ce qui entre nous est la moindre des choses) est une hérésie. Le vrai «crime» civique est la politique de la chaise vide, et ce qui jusqu’à il y a peu, était l’apanage d’une élite, parce que aujourd’hui accessible aux plus démunis, aux jeunes ferait d’eux des «ouled al makhzen». Et puis quoi, doit-on considérer cela comme une insulte, quand l’on voit à quel point aujourd’hui «le makhzen», l’Etat est en fait la somme de chacun de nous. Personnellement je considérerai comme traitre à la Patrie celui qui s’efforcerait de faire de nos jeunes des «ouled polisario». L’émergence de la jeunesse sur la place publique, leur prise de parole, leur conscientisation se font forcèment dans la douleur et il y a un prix à payer lorsque l’on s’attelle à cette tâche : même s’il est démesuré, soit on l’accepte soit on jette l’éponge. A ce sujet d’aileurs, un danger guette notre tissu associatif : celui de le voir ressembler au paysage politique ou syndical, et malheureusement par bien des points nous en prenons le chemin. Prenons l’exemple du concept de réseau; nouveau au Maroc il devient aujourd’hui synonyme de tout et de rien. Or un réseau n’est ni une fédération, ni un parti mais bel et bien une structure souple, ouverte, non contraignante, composée de micro-structures, autonomes, indépendantes, responsables, gérées par elles-mêmes et comptables de leurs actions, de leurs activités, de leurs finances -chacune d’entre elles- devant leurs propres adhérents. Ces associations mettant en commun leurs objectifs et leurs tissus de compétences et de relations, pour y parvenir, ils constituent une «toile», d’où le terme de réseau. Par essence même, c’est-à-dire l’autogestion des structures adhérentes, toute velléité de concentration de pouvoir y est impossible. Ce mode de fonctionnement, il est vrai, demande expérience et pédagogie, mais soyons confiants la maturité viendra. L’engagement associatif est une philosophie et le rôle du militant associatif est souvent ingrat. S’il n’agit pas, ne met pas ses mains dans le cambouis, il ne mérite guère ce titre ; s’il agit, s’il  occupe le terrain, bref s’il est «visible» il devient une cible. Or le nature même de cet engagement fait qu’il ne faut en attendre ni reconnaissance, ni gratitude, ni remerciements… c’est la loi du genre! Pourtant combien de personnes de bonne volonté,  intègres, animées d’un vrai «désintérêt» et purement altruistes ont renoncé à s’investir ? Effrayées -entre autre- par le fait que si facilement dans notre société un mensonge mille fois répété, finissait par devenir réalité.

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