Post-scriptum : Savoir terminer une marche…

Post-scriptum : Savoir terminer une marche…

La marche a donc eu lieu et elle s’est déroulée dans une ambiance de maturité de part et d’autre, montrant qu’il était possible de revendiquer dans notre pays –ce qui se fait d’ailleurs quasiment au quotidien- et que nous étions dans un cadre de respect mutuel. D’ailleurs, il serait honnête de saluer l’attitude des forces de l’ordre. Les actes de vandalisme, qui ont suivi, ont jeté un triste éclairage sur cette journée qui s’était déroulée sans violence. Cette marche a eu pour effet de «libérer la parole», de mettre l’éclairage sur les demandes de justice, de dignité, d’égalité des chances, de lutte contre la corruption, contre la «hogra», contre l’enrichissement illégal… L’emploi, la santé, l’éducation ont été les secteurs phares des revendications… Depuis, «la Toile» est devenue un lieu d’échange, de dialogue, de prises de position des jeunes Marocain(e)s et c’est tant mieux ; il faut y participer cela est enrichissant au possible et montre le besoin de s’exprimer de nos jeunes mais aussi leur maturité, leur conscience… Le message est donc passé ! Aujourd’hui, ces initiateurs issus de Facebook réitèrent et appellent à marcher à nouveau. Que faut-il en penser ? D’abord, il faut remarquer que la grande majorité de notre jeunesse n’est pas descendue dans la rue le 20 février (les revendications énoncées ce jour-là sont pourtant les leurs depuis bien longtemps), à cela plusieurs raisons : la crainte de la manipulation et de la récupération, la «politisation» de certains mots d’ordre mais aussi le fait qu’ils ne savaient pas qui les appelait à manifester. En effet, ces jeunes du «mouvement du 20 févier» ils ne les connaissent pas, ce ne sont pas des militants associatifs, pas des acteurs culturels, pas des «figures» emblématiques des actions dans les quartiers, bref pour la majorité des jeunes Marocain(e)s, des «inconnus» dans lesquels ils ne se reconnaissaient pas, ce qui n’est pas de ma part un jugement de valeur mais ce que j’ai pu constater lors de mes rencontres et débats quotidiens dans les quartiers ou les Facs. Car il y a une grande différence entre s’exprimer dans les médias, lancer des mots d’ordre via Internet et être sur le terrain, à ce sujet d’ailleurs nombre de «leaders d’opinion», en particulier ceux qui énoncent des avis péremptoires depuis l’étranger, seraient bien inspirés de (re)trouver le chemin de ce terrain ! Pour en revenir au nouvel appel pour une marche, posons-nous une question : quel en est l’objectif ? Obtenir que les revendications soient satisfaites, nous répondent ceux qui appellent à marcher le 20 mars ! OK, mais nous nous sommes adressés à l’Etat il y a à peine 2 semaines et s’ il est légitime d’en attendre une réponse, il faut aussi lui donner un délai raisonnable pour juger ce qui va être décidé et annoncé … A re-marcher n’allons-nous pas finir par le faire à reculons ? Ce seront les mêmes mots d’ordre, les mêmes pancartes, les mêmes slogans ! Et puis, n’y a-t-il pas un risque d’assister à nouveau à des scènes de saccages et de violence, n’y a-t-il pas  le danger de voir «nos» touristes se détourner de nous –alors que l’on pourrait de ce point de vue «bénéficier» des retombées des événements d’autres points (oui je sais c’est un peu cynique mais c’est de bonne guerre, non ?)… Ne serait-il pas temps de passer de la revendication à la proposition, il y a des moyens civiques, citoyens de prendre le relais de la marche et nombres d’idées fleurissent sur Facebook : «Générationlibre», «Maroc’ID», «Nbghibladi, nbni bladi», «l’Alliance des Jeunes Initiatives»…, etc.  Certes la jeunesse est impatiente et c’est bien légitime, mais il s’agit de notre pays, de notre avenir, du devenir de notre jeunesse, sachons donner du temps au temps.

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