Post-scriptum : un ftour pour la tolérance

Aïn Harrouda, douar semi-urbain, semi-rural situé entre Mohammédia et Casablanca, en bordure d’autoroute et pourtant enclavé. La population y vit de façon précaire et sa jeunesse n’y dispose d’aucune infrastructure culturelle ou sportive : elle pourrait -à l’identique de bien d’autres régions- se replier sur elle-même et «s’évader» via la drogue, l’alcool ou les psychotropes… or peut-être plus qu’ailleurs, elle a su se prendre en mains, s’organiser, se structurer. C’est au sein de l’association «Chabab Nahda», que queqlues jeunes -il y a 4 ans- se sont lancés dans l’associatif autour de leur président Yazid Aboussaboune. Jaouad, Abdelghafour, Saïd, Youssef… tous des gosses du peuple, à la scolarité trébuchante, sans cesse à la recherche de «petits boulots» pour aider la famille… bref des jeunes comme il en existe des milliers, avec pourtant cette particularité de s’être donnés corps et âme au militantisme associatif  et de faire preuve d’une formidable énergie quand tant de nos jeunes sombrent dans l’inertie. Ces jeunes, donc, ont eu l’idée d’organiser un ftour où ils inviteraient des jeunes d’autres nationalités, notamment jeunes Africains, qui vivent à leurs côtés, en particulier dans les quartiers populaires, mais qu’en vérité, ils connaissent si peu.
Ils ont d’ailleurs appelé cette rupture du jeûne le «ftour de la tolérance» -et de fait- 27 nationalités ont donc partagé ce moment privilégié : Sénégalais, Gabonais, Togolais, Gambiens, Congolais… mais aussi Japonais, Hollandais, Canadiens aux côtés de représentants des ambassades de Grande-Bretagne et des Etats-Unis. Ftour métissé et riche en couleurs, en paroles, en échange de musiques, de danses, de traditions.
Au delà de la forme -particulièrement conviviale- c’est sur le fond que je voudrais m’attarder : sur ces jeunes de l’association «Chabab Nahda», jeunes de notre Maroc profond, à la «darija» savoureuse qui ont voulu connaître ces autres jeunes, qui les ont cherchés, contactés, invités… bref qui ont fait une vraie démarche, ont fait preuve de curiosité, d’intelligence de cœur et d’esprit.
Ces jeunes de «Chabab Nahda», ces jeunes de Aïn Harrouda, sont représentatifs de notre jeunesse : ils savent analyser, décortiquer, prendre les décisions qui les concernent, ils savent ce qu’ils veulent et ce qu’ils ne veulent pas. Pourtant, il est évident qu’ils souffrent de graves manques, de lacunes qu’ils ne peuvent combler seuls : encore une fois faire pour les jeunes, sans les jeunes revient à faire contre les jeunes. Ceci est vérifiable dans notre système éducatif où le fiasco -malgré un budget conséquent- est patent, ce sera vérifiable en politique si l’on croit que faire la «danse du ventre» devant eux, leur suffira. C’est de confiance qu’ils ont besoin, de crédit, de participation aux décisions, d’accès aux responsabilités, de droit à la parole… Vite, des jeunes tels que ceux de Aïn Harrouda dans les commissions, les comités, et autres structures censées les représenter.

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