Post-scriptum : Vous avez dit nationalité…

Post-scriptum : Vous avez dit nationalité…

Cette France de l’abolition de la peine de mort, cette France du refus de la guerre en Irak…, bref la France que l’on aime. Pourtant c’est dans cette France qu’aujourd’hui, il y a le soupçon de fabriquer une catégorie de «sous citoyens». Ainsi, il y aurait donc d’un côté «les Français de souche» et de l’autre des «Français moins Français que les Français», des Français à qui l’on n’a fait que «prêter» la nationalité et à qui on peut la reprendre ? Outre que cela semble totalement contradictoire avec la Constitution , le risque est réel de renvoyer aux marges de la société toute une population – une jeunesse, en particulier – qui est certes «devenue française» mais qui n’en est pas moins membre de la nation française à part entière ; risque doublé de celui de dresser les uns contre les autres, des Français contre des Français ! L’une des principales victoires de la fameuse Marche des Beurs de 1983 (et je peux vous en parler en connaissance de cause) avait été d’obtenir du président Mitterrand l’octroi d’une carte de séjour de dix ans, automatiquement renouvelable, ce qui avait eu le mérite immédiat de stabiliser toute une population d’immigrés et de la sortir de l’arbitraire et de la précarité, quelque 27 ans plus tard allons-nous renvoyer les enfants de cette population à l’incertitude ? Lutter contre la délinquance, lutter contre la criminalité constituent des devoirs pour chaque Etat, et le droit de vivre en sécurité est l’un des premiers droits de tout citoyen ; pourtant est-ce en assimilant ainsi l’immigration et la délinquance, en menaçant une certaine catégorie de la population de la déchoir de sa nationalité, en désignant ainsi une jeunesse comme potentiellement dangereuse, que l’on va lutter efficacement contre le crime ? Il ya au contraire – me semble-t- il – risque de créer des fractures supplémentaires et donc risque d’alimenter la violence dans une telle décision. Les moyens les plus efficaces pour lutter contre la délinquance – du moins la « petite délinquance » – seraient au contraire des mesures sociales : la lutte contre les discriminations, l’égalité des chances, la promotion du mieux «vivre ensemble», la prévention…, etc. Certes cela est moins tapageur, frappe moins les esprits, montre moins «les muscles» mais a le mérite d’être plus courageux, moins populiste, de moins flatter les mauvais instincts et d’être à coup sûr plus «payant» sur le long terme. Le pire n’est jamais sûr et des catégories importantes et influentes de la population française prennent le contre-pied de cette proposition, les Français eux – mêmes, dans une grande partie, une fois l’illusion de la « bonne idée » dissipée se rendent bien compte de l’effet d’annonce et de l’effet boomerang qu’une telle mesure peut engendrer. Tout ceci étant dit, il est nécessaire de rétablir un «fil», de renouer une confiance entre l’Etat français et les populations d’origine étrangère, les Français issus de l’immigration , vivant sur son sol, c’est précisement de retisser des liens entre toutes les «sortes de Français» (si je puis dire) qu’il s’agit…la tâche est ardue certes mais indispensable et urgente.

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