Pour supprimer la maladie, supprimons les malades !

Pour supprimer la maladie, supprimons les malades !

Encore une fois il ne s’agit pas de nier que l’insécurité existe mais hélas cette campagne est un mélange de réalité : agressions, attaques à l’arme blanche, et intox, voire manipulation, détournant des photos, piratant des vidéos filmées dans d’autres pays et déchaînant une sorte de psychose collective dont le propre est d’être non maîtrisable.

Fin 2014 la regrettée Fatema Mernissi m’avait contacté afin de participer à la rédaction d’un ouvrage collectif baptisé «Tcharmil, réflexions sur la violence chez les jeunes», j’avais donc rédigé un texte pour ce livre paru aux éditions Le Fennec. Fatema Mernissi comme souvent avait été visionnaire, aujourd’hui les réseaux sociaux deviennent l’espace d’un débat appelé «zéro grissage» où -hélas- tous les dérapages sont possibles.

C’est une saine réaction de la militante Khouloud Kebali Sajid qui m’a inspiré ce titre : «Pour supprimer la maladie, supprimons les malades!». Il ne s’agit pas de minimiser l’insécurité : la criminalité existe, nombre de nos concitoyen(ne)s en ont été victimes et il faut répondre au besoin de sécurité de la population : vivre en sécurité est un «droit de l’Homme». Cela étant dit, il est urgent de tenir un discours mesuré afin de contrebalancer ceux qui -pour des raisons obscures ou non- veulent installer un climat de peur. En quoi répondre à la violence par l’appel à la violence peut-il résoudre le problème ? Bien au contraire !

Or cette campagne «zéro grissage» porte en elle les germes de la vengeance, de l’auto-défense, de la justice expéditive. Pire, on y trouve des appels à l’amputation, à la peine de mort pour des délits mineurs, voire à faire la loi soi-même… certains commentaires sont d’ailleurs plus effrayants que les actes de délinquance.
Encore une fois il ne s’agit pas de nier que l’insécurité existe mais hélas cette campagne est un mélange de réalité : agressions, attaques à l’arme blanche, et intox, voire manipulation, détournant des photos, piratant des vidéos filmées dans d’autres pays et déchaînant une sorte de psychose collective dont le propre est d’être non maîtrisable.

Il faut faire appel à notre intelligence et non pas aux plus bas instincts : d’abord dire que la DGSN, que notre police est vigilante, qu’elle fait son travail, que l’insécurité (même si le niveau est toujours trop haut et avec tout le respect dû aux victimes) est contenue, et enfin faire très attention aux risques d’amalgames, au «délit de faciès» où tout jeune devient suspect, devient un délinquant potentiel. Pour être crédible, pour être responsable il faut aussi réfléchir au fond du problème : quelle politique de prévention ? Répression, certes, mais la prison n’est-elle pas le lieu d’apprentissage de la pire des délinquances ? En conséquence réfléchir à des peines alternatives, à des politiques éducative, culturelle, civique !

Vouloir supprimer la maladie ne revient pas à supprimer les malades, mais bel et bien à chercher les remèdes pour l’éradiquer. Or l’exclusion d’une partie de la population et la ghettoïsation des quartiers périphériques resteront mères de tous les maux tant que nous ne nous serons pas attelés aux maux que sont l’argent facile, les inégalités sociales et territoriales qui continueront à produire une jeunesse qui – si elle est reléguée durablement aux marges – continuera à être la proie de la violence et de la délinquance.
Il n’est pas question d’excuser mais bien d’expliquer que ce n’est pas par une campagne qui ajoute à la hogra que l’on résoudra le problème !

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