«Pourquoi tu veux toujours rester là-bas, papa?»

«Pourquoi tu veux toujours rester  là-bas, papa?»

Et attendez : et quand elle vous la pose quelques minutes à peine après avoir eu le soulagement que  sa propre maman n’avait rien de trop grave. Je vous explique. Mercredi dernier, ma tendre et fragile épouse s’est sentie soudainement faible.

Comme vous savez – ou comme vous ne savez pas, vous qui n’êtes pas toujours là – j’ai pris quelques jours de vacances avec ma petite famille. Et comme je ne suis pas très riche, j’ai choisi de venir jusqu’ici, ce qui n’est pas si loin de là-bas, mais, entre nous, ici, ça n’a rien à voir avec là-bas. Et je vais vous le démontrer. Revenons à ma femme et son état quelque peu fébrile.

C’est arrivé le soir, en toute fin de journée. Nous avons tout de suite pris la décision de l’emmener aux Urgences d’un hôpital, je dois le préciser, public et ce, sur le conseil d’amis installés ici. Et là, je ne vous dis pas. Ou plutôt si, je vais vous le dire. Depuis le gardien du portail jusqu’aux différents médecins qui l’ont auscultée, l’accueil était, comment dirais-je ?… surprenant. En fait, il était surprenant pour des gens comme nous, habitués à être reçus comme des moins que rien, que ce soit  dans un établissement hospitalier public ou dans une clinique privée. Là, je veux dire ici, tout le monde était aux petits soins avec ma femme – c’est le cas de le dire -à tel point que dès qu’elle a été admise-  avec un joli bracelet en plastique à la main avec toutes ses coordonnées et un code à barres, une sorte de laisser-passer – elle s’était sentie beaucoup mieux.

La visite a duré presque 4 heures, comprenant un long entretien avec une infirmière dédiée à cette mission sur son passé médical, une prise de tension, un premier médecin, un électrocardiogramme, un 2ème médecin, plusieurs radios, une prise de sang, un bilan général, une assez longue attente pour les résultats, et enfin, un 3ème médecin pour nous révéler, preuves à l’appui et avec un grand sourire, qu’il y avait plus de peur que de mal. Oui, bien sûr, nous avons payé, et en euros c’est plutôt cher payé, mais là-bas aussi, c’est-à-dire chez nous, on paye, et parfois très cher et de plusieurs manières, mais la plupart du temps, on se paye de notre tête.

Ça me fait rappeler un petit drame qui est arrivé, il y a 3 ou 4 mois, toujours à ma femme. Elle s’était fait mordre très bêtement d’ailleurs à sa cheville par notre propre chien. Comme c’est arrivé la nuit et comme on habite pas très loin d’un grand hôpital situé sur le Bd Moulay Youssef – c’est de la délation positive –  je l’y ai emmenée un peu par commodité. Et là, je ne vous dis pas. Ou plutôt si, je vais vous le dire.

D’abord, le gardien du portail a refusé que je fasse rentrer la voiture même quand je lui ai expliqué que ma femme ne pouvait pas marcher. Il n’a ouvert le portail que quand elle lui a dit que «ghadi t’hallaw fik», chose qui m’avait super énervé.

Arrivés à la porte des Urgences, deux hommes de peine sont venus vers nous pour nous demander le motif de notre visite. Et enfin, une infirmière est arrivée, habillée n’importe comment et qui, après avoir su de quoi il s’agissait, nous a demandés d’attendre et puis est entrée dans le bureau du médecin de garde qui papotait avec un pote.

Elle en ressort quelques secondes après et nous annonce que le docteur lui a dit de faire des points de suture à ma femme, alors que, vous l’avez vu de visu, il ne l’avait même vue. L’infirmière nous a fait entrer ensuite dans une salle de soins aussi sale et aussi sanguine qu’un abattoir et nous dit qu’elle a bien l’aiguille et fil, mais qu’il va falloir aller acheter le vaccin antirabique car elle n’en avait plus.

Mais, comme elle ne voulait pas qu’on se dérange, elle nous apprend que son collègue pourrait nous en vendre un, le seul qui lui reste. Je vous jure que c’est la vérité la plus vraie. Comme c’est aussi vrai que 3 ou 4 mois plus tard, ma femme a toujours mal à sa cheville, ce qui chagrine au plus haut point notre pauvre chien Wizy qui, lui, ne l’avait même pas fait exprès. «Mais pourquoi tu veux toujours rester là-bas, papa ?», me répète ma fille, devenue femme, et bientôt mère, et qui commence à réfléchir à l’avenir de sa propre famille.

Et voici la réponse que je lui ai donnée, la même que je donnais, il y a quelques années, moi et de nombreux amis de ma génération qui avaient la possibilité de rester en Europe mais qui avaient préféré revenir dans leur pays : «Si ça marche bien ici, c’est grâce aux femmes et hommes de ce pays. Alors si tous les gens comme nous quittent le Maroc, qui va contribuer à le changer et le transformer comme ici ? ». Elle ne semblait pas convaincue par ma réponse, et je dois vous avouer que moi-même je n’en étais pas très convaincu non plus. Mais que pouvais-je lui dire d’autre sans passer pour un lâche et un lâcheur ?

En attendant que ça aille mieux, je souhaite à tous les résistants et à toutes les résistantes un très bon week-end et une très bonne rentrée. Quant aux autres…

Un dernier mot sous forme de devinette pour rigoler un peu : Pourquoi on préfère toujours que nos maires soient élus par un petit groupe d’élus dits «grands électeurs» plutôt qu’au suffrage direct par tous les électeurs ?

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