Qu’est- ce que je vous sers ?

Qu’est- ce que je vous sers ?

Ce n’est pas que je sois fatigué d’essayer de vous faire rigoler sur n’importe quoi et n’importe qui,  ni parce que je me suis trouvé une nouvelle fibre de philosophe en verve qui veut croire qu’il suffit de penser pour qu’on le suive (ça vous rappelle quelque chose, ça ?), ni, enfin, parce que je serais en mal d’inspiration, surtout à la veille d’un week-end de fête. Rien de tout cela, ou, peut-être, pour être honnête avec vous, tout cela en même temps.

En fait, j’ai appelé ça «politique», mais ça va être plus de la politique –fiction. Vous savez, tout le monde fait son cinéma, pourquoi pas moi aussi ? Au début, je voulais titrer cette chronique : «Rose ou vert ?» en référence aux deux grandes couleurs qui s’offraient à nous, comme choix de vie, à une époque pas si lointaine que ça.

D’un côté, un socialisme aux contours vaguement humanistes, sociales et un tout petit peu laïques, et de l’autre, un islamisme aux parfums confusément libéraux, collectivistes et un petit chouia mystiques. Et puis, je me suis dit que ça ne serait pas très honnête de ma part car il n’y a pas que ces deux teintes, dans leur foultitude de nuances, puisqu’il y a aussi le bleu comme un ciel indécis et pas toujours précis, l’ocre comme la terre qui peut ne pas être toujours fertile, l’orange comme un cheval ou même une figue de barbarie, et puis toutes les autres couleurs, dont le vert, l’autre, le foncé ou parfois le défoncé, celui des écolos en herbe qui n’arrivent toujours pas à trouver urne à leur pied. Tout cela pour déduire qu’avec tout ce magma de séducteurs qui chantent la sérénade sous mon balcon, l’électeur que je ne suis pas encore, ne sait pas ou ne saura peut-être jamais sur quel pied danser ni juste avec qui faire quelques pas de danse, ni sur quelle épaule poser ma tête lourde de peine pour rêver un peu.

Justement, c’est exactement ça mon problème : personne n’est arrivé jusqu’à présent  à me faire rêver, autrement dit me transporter, ne serait-ce que par l’esprit, vers un monde hors du réel et hors du temps, mais qui me donnerait l’espoir ou même juste l’illusion qu’un monde meilleur est possible, un monde qui serait moins calculateur et moins financier, moins rationnel et moins économique, moins stratégique et moins politique, tout simplement plus humain, c’est-à-dire plus beau, plus joyeux, et s’il est un peu plus juste, ça serait encore mieux. Comme je le rappelle souvent, je fais partie d’une génération, pas si vieille que ça, dont une bonne partie a rêvé du grand soir, autrement dit d’un jour où les hommes ne verraient plus dans leurs prochains que des mains qui vont passer leur temps à bosser et d’autres mains qui vont recevoir du fric et qui vont le redonner aussitôt à d’autres mains qui le donneraient à leur tour à d’autres et ainsi de suite. Nous avions rêvé, et certains, de plus en plus rares, continuent de le faire, d’une terre unique où il n’y aurait ni nationalités ni frontières, ni spécificités ni arbre généalogique, ni pièces d’identité ni visas, ni titres fonciers ni propriétés, ni individualisme ni égoïsme, ni rejet ni exclusion, bref un monde où tout le monde partagera tout avec tout le monde, et profitera du bonheur de vivre ensemble dans l’harmonie, l’entente, la justice, la liberté, l’égalité et la fraternité. Oui, je sais ce que vous allez me dire, et je l’ai fait un peu exprès, que tout cela c’est de l’idéalisme puéril et donc irréaliste, et que tout cela n’existe pas et n’existera jamais.

Oui, d’accord, et d’ailleurs est-ce que moi j’ai dit ou écrit le contraire ? Moi, je n’ai fait que vous raconter de quoi nous, nous rêvions, il y a longtemps, mais depuis, nous sommes tous descendus sur terre, et la majorité d’entre nous pour ne pas dire la totalité ne rêve plus que d’avoir un bon boulot, et si possible un bon poste, une belle maison, un bon foyer, une belle belle-famille, une ou plusieurs belles voitures, de beaux enfants qui iront dans de bonnes écoles et qui, à leur sortie, vont avoir à leur tour un bon boulot, une belle maison, un bon foyer, etc. Le rêve, quoi ! Après tout, comme disait l’autre, l’homme n’est qu’un roseau pensant, et un roseau, quoi qu’on pense, penche à chaque fois qu’il faiblit. Ou bien à chaque fois qu’on appuie dessus. Bref, au gré du vent.

Excusez-moi, mais je crois que je raconte n’importe quoi. Je pense que finalement n’est pas philosophe qui veut. Alors, faites comme si je n’ai rien dit…
En attendant, je souhaite à tous les rêveurs et à toutes les rêveuses chroniques et qui ne veulent pas en guérir, un très bon week-end. Quant aux autres…
Un dernier mot sous forme de devinette pour rigoler un peu : maintenant que «Le service sanitaire» est enterré, est-ce que cela signifie que les populations éloignées concernées peuvent tomber malades et mourir tranquillement?

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