Qu’est-ce qu’être Marocain aujourd’hui ?

Qu’est-ce qu’être Marocain aujourd’hui ?

Pourquoi poser cette question ? Est-ce nécessaire, est ce utile, à quelles fins, or si ce thème émerge c’est bien qu’il taraude les esprits, le gouvernement a d’ailleurs inscrit le thème de l’identité dans ses priorités. Le Café Politis du 23 février tentera d’y apporter des réponses. Dans cette perspective l’association Marocains Pluriels a posé 3 questions à l’écrivain Fouad Laroui pour leur Blog www.cafepolitis.ma, je vous les livre ici, elles forcent la réflexion…
1) La «mémoire» est un devoir, quels sont les moyens pour transmettre au mieux cette mémoire identitaire aux jeunes générations ?
L’art, le roman, le théâtre, le cinéma… L’école, le lycée, l’université… L’espace public (quel bonheur de voir partout des «Boulevard Abdelkrim al Khattabi» ! Quelle émotion de voir une avenue du Docteur Sijilmassi à Casablanca et une rue Driss Chraïbi à El Jadida, ma ville!) Ce qui est important, c’est que cette volonté de transmettre notre passé et notre identité complexe existe – et que personne ne s’en arroge le monopole. 2) Le fait d’inscrire notre diversité dans le préambule de la Constitution fait-il de nous un cas unique dans le Monde arabe ?
Nier la diversité, c’est le début de la tyrannie, peut-être même du fascisme ! On voit bien dans le monde arabe que ceux qui ont un problème sont ceux qui nient la diversité. Prenez l’Égypte, par exemple. Quelle diversité, quelle Histoire riche et mouvementée! Et pourtant, certains veulent réduire l’Égypte à une seule dimension, religieuse au sens le plus étriqué du terme, de cette Histoire. C’est dommage. Et c’est dangereux, vu le nombre d’Égyptiens qui peuvent se sentir exclus, niés, par ce refus de la diversité. 3) L’association Marocains Pluriels, dont vous êtes «Membre d’Honneur», organise chaque mois le Café Politis, afin de réconcilier jeunesse, politique et engagement, ce mois-ci le thème porte sur l’identité, quel message aimeriez vous transmettre aux jeunes?
Être Marocain aujourd’hui, c’est faire l’effort, chaque jour, d’accepter «l’autre», l’autre qui est Marocain lui aussi, autant que moi, mais qui ne me ressemble pas à 100%. De ce point de vue, la phrase qui me scandalise le plus, c’est «lui (ou elle), ce n’est pas un vrai Marocain». Quelle bêtise ! Quelle horreur ! Nous devons nous accepter tous et essayer justement de comprendre ce qui nous différencie. Dans le même ordre d’idée, au lieu de nous définir par nos différences, pourquoi chacun de nous n’adopterait-il pas toutes les particularités des Marocains ? On substituerait «et» à «ou» et chacun y gagnerait: je suis Arabe et Amazigh et Négro-Africain et Andalou… Je suis laïc et religieux… Je suis arabophone et amazighophone et francophone (tout cela se sublimant dans une darija enrichie et anoblie) Je suis traditionnaliste et moderniste… Je suis de la ville et de la campagne… Ces (fausses) contradictions ou oppositions peuvent être difficiles à concilier au niveau des groupes, mais si on commence par l’individu, ce sera bien plus facile : chacun ayant à son niveau résolu le problème (dépassé les contradictions), il apporterait sur la place publique des solutions, et non des problèmes…

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