Sale temps pour l’argent

Sale temps pour l’argent

Pourtant, chez nous, et ça ne date pas d’aujourd’hui, on parle d’argent sale comme pour parler de… linge sale. D’ailleurs, il y a des fois, pour ne pas dire toujours, où ces trucs-là sont lavés en famille, autrement dit en catimini, ni suivi ni poursuivi. Surtout quand vous êtes connus. Cachez-vous, on n’a rien vu. Ou peut-être que c’est nous qui ne voyons rien. Je veux dire que les gens impliqués sont peut-être repérés et même approchés voire inquiétés et sanctionnés, mais, on ne nous met pas forcément au courant. 

Ou rarement. Car, c’est vrai et il ne faut pas le nier, de temps à autre, on nous annonce à cors et à cris que tel ou tel a été appréhendé pour tel ou tel acte condamnable par la loi et par la foi. On en parle pendant plusieurs jours ou même parfois plusieurs semaines ou plusieurs mois, mais beaucoup pensent, et le disent même parfois à haute voix, que si on fait tout cela, c’est juste pour montrer qu’on est dans un Etat de droit. D’autres, moins sceptiques ou plus positifs, affirment qu’on fait cela pour l’exemple et pour dissuader d’éventuels autres intéressés.

Toujours est-il, et pour le dire autrement, on a l’impression que ce fameux argent sale, qu’il soit blanchi en bonnes et mille formes possibles ou qu’il soit utilisé tout crade, ça fait de moins la Une de notre presse, et ne semble plus, depuis longtemps, être le verre de thé à la menthe de la majorité de nos concitoyens, dont votre humble et râleur serviteur.

Alors, si j’y reviens, c’est vraiment à mon corps défendant. D’ailleurs, pas plus qu’il y a deux ou trois jours, j’ai consacré un de mes mots pour rire à ce sujet qui, lui aussi, ne me fait plus rigoler. C’est vous dire l’agacement et la gêne que j’éprouve en ce moment même où je vous tartine avec ces lignes qui se veulent malignes. En vérité, si je vous en parle, c’est justement, comme je vous le disais plus haut, tout le monde en parle.

Et on en parle comme s’il s’agissait d’une grande découverte, comme celle du sucre par exemple. C’est juste un exemple. Le hasard, qui est souvent très coquin, a voulu que ces nouvelles affaires d’argent dit «sale» coïncident avec l’attribution des prix Nobel par la prestigieuse Académie suédoise, lesquels Suédois n’ont pas trouvé meilleur moment pour nous bousiller le moral et nous titiller là où ça nous fait le plus mal. D’ailleurs, vous avez vu, on leur a rendu la pareille, et fissa ! Et, paraît-il, ils sont revenus aussitôt sur le droit chemin et j’espère que ça sera le cas des nombreux chenapans de l’argent sale,  qu’on est en train de cueillir un à un, du moins ceux de la 2ème chambre et qui sont, jusqu’à preuve formelle du contraire, toujours présumés coupables. C’est bien qu’on ait réagi aussi vite, mais si je n’exprime pas un enthousiasme débordant à la suite des interpellations annoncées, c’est parce que je crains que les raisons soient plus de persuasion, et donc, de communication.

En fait, ce qui m’a refroidi et déçu le plus, c’est le nombre si bas des personnes inculpées. Je crois qu’on parle de 10 ou 12 de pas très honorables conseillers fraîchement élu(e) s, or, il y a quelques jours, deux grands ténors et leaders de la politique de notre pays et qui sont, de surcroit, deux grands hommes de gauche ont affirmé en criant, l’un après l’autre, que, je les cite, « 70 % des nouveaux élus de la Chambre des Conseillers l’ont été grâce à de l’argent sale ». Alors, puisqu’on a 120 Conseillers, et si je fais le compte et que je ne me trompe pas dans mon calcul, on devrait normalement poursuivre pas moins de 84 d’entre eux, et donc il n’en resterait plus que 36.

D’ailleurs, en général, il n’y a pas plus que ça dans cette enceinte si prestigieuse. Blague à part, j’aimerais bien que toute cette affaire soit tirée au clair au plus tôt. Il paraît que ceux qui ont été appréhendés l’ont été après avoir procédé à des écoutes téléphoniques à postériori, mais moi, si on m’écoutait, et comme je l’ai suggéré récemment, il faudrait exiger de ceux qui savent ou qui prétendent savoir, de pousser la délation positive jusqu’au bout et de nous donner des noms, c’est-à-dire de nous dire ou plutôt de dire à qui de droit qui a donné à qui et, si possible, combien. Sinon, tout ce boucan risque de passer pour un orage d’été même s’il se passe en pleine saison d’automne, et que, sale ou nickel, cet argent si décrié qui passe de main en main, tout le monde s’en lavera bientôt les mains.

En attendant le grand déballage et, je l’espère, le grand lavage, je souhaite à tous ceux et à toutes celles qui ont les mains propres et l’esprit tranquille un très bon week-end. Quant aux autres…

Un dernier mot sous forme de devinette pour rigoler un peu : pourquoi on a interdit «la fête de la bière» alors qu’elle n’est censée concerner que les «non-musulmans» ?

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