Souvenirs de « Al-Tahrir » (48)

Souvenirs de « Al-Tahrir » (48)

Le premier pas qu’il fallait entreprendre était de mettre fin à tout engagement ayant permis à la France, durant le protectorat, de s’adjuger la vassalité du Maroc dans quelque domaine que ce fût. Il était évident que, pour ce faire, l’économie nationale devait d’abord être libérée et restructurée. Un ensemble de dispositions -dites à juste titre dispositions de libération économique- étaient nécessaires, pour qu’il fût possible de lancer ensuite l’édification des structures économiques qui auraient permis au Maroc d’amorcer en pionnier son développement, tout comme il avait été le premier à accéder à l’indépendance. La bataille se livrait donc contre l’hégémonie du colonialisme économique et, partant, contre les parties qui en tiraient profit. L’adversaire avait trois faces, réunies par les intérêts communs : les hommes d’affaires et anciens colons français; leurs collaborateurs et acolytes, leaders de la fameuse Troisième force; enfin ceux parmi les magnats de l’économie qui s’étaient enrichis sous le protectorat. Devenus encore plus riche durant les trois premières années de l’indépendance, ces derniers étaient essentiellement des patriotes aisés qui, pour avoir fourni de l’aide financière à l’Istiqlal du temps de l’action nationale pour l’indépendance, jouissaient d’une grande influence sur les décisions conjoncturelles du parti autant que sur ses choix stratégiques.

18- Apre lutte autour de Mohammed V
Ces trois parties parviendront à établir des voies de contact, qui leur permettront d’exercer une influence sur certainess personnalités au sein de l’Institution royale, dont essentiellement le Prince héritier. De concert ou non, les trois parties alliées oeuvreront à instaurer un climat d’inquiétude quant à l’avenir de la monarchie, n’hésitant pas, pour étayer leur thèse, à évoquer l’exemple de l’Egypte et de la Tunisie -deux pays où, comme chacun le sait, le régime monarchique venait à être aboli- soulignant au passage l’élan de libération populaire qui secouait le monde. Un autre facteur, corrélatif mais non moins important, était l’émergence de la classe ouvrière -alors représentée par l’UMT- en tant qu’élément moteur au sein de la lutte économique et sociale. La politique d’industrialisation entreprise par le gouvernement Ibrahim, conjuguée à l’élan de libération évoqué plus haut, permettront aux adversaires de l’UNFP au sein de l’Institution royale, de dresser de la politique d’industrialisation un portrait effrayant, où le résultat fatal auquel cette politique pouvait mener, prenait le visage d’un renforcement démesuré -en nombre comme en puissance- de la classe ouvrière, ce qui risquerait d’entraîner le Maroc dans une dictature du prolétariat, dont la première victime ne serait autre que la monarchie elle-même.

• Par Mohammed Abed al-Jabri

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