Transmission : Toujours suspects…

Pour une certaine catégorie de personnes, le beur sera-t-il encore et toujours considéré comme suspect ? C’est, en tout cas, ce qu’un certain nombre de propos laisse entendre. Les jeunes issus de l’immigration vivant en Europe ont souvent, trop souvent, ressenti ce genre de défiance à leur égard, venant il faut le dire la plupart du temps de xénophobes bon teint, voyant en eux une «5ème colonne» synonyme ici de «cheval de Troie». Faut-il aujourd’hui comprendre qu’au Maroc même ce genre de raisonnement existe aussi?
J’en veux pour preuve à quelques faits que je soumets à votre réflexion. Cette semaine un journaliste virulent s’en prenait à Youssef Hadji, lui reprochant d’avoir refusé de répondre à l’appel de l’équipe nationale, pour privilégier son engagement dans son club de Nancy. Il érigeait Youssef, dans ses propos, en symbole du «non-patriotisme».
Outre le fait que l’information sait totalement fausse, on voit sur quel terrain s’est directement placé le journaliste : celui de la traîtrise. Ainsi, lorsque les jeunes marocains de l’étranger brillent dans leur discipline et alors qu’ils revendiquent haut et fort leur marocanité, leur fait- on un procès d’intention ? Va-t-on reprocher à Abdellatif Benazzi de s’illustrer au sein de l’équipe de France de rugby; à Jamal Debbouze de jouer avec talent dans des films français, aux députés d’origine marocaine élus en Hollande de sièger au sein d’un Parlement étranger et à moi-même d’être conseiller d’une ministre française ?
Serions-nous à l’heure de la mondialisation, d’un Maroc ouvert sur l’Europe et alors que d’autres pays à l’instar de la Tunisie, de l’Algérie, du Portugal… se réjouissent de la réussite des leurs à l’étranger des suspects en puissance ? Des ingrats, des non-patriotes…
Quelle courte vue ! Ce débat a d’ailleurs selon moi d’étranges et malsains relents.
D’autant plus que, par ailleurs, lorsque de jeunes marocains issus de l’immigration font le chemin inverse et rentrent au pays pour y vivre et y apportent leurs compétences, c’est un autre genre de reproches qui leur est adressé, tout aussi nauséabond, sur le thème : «Ils ne parlent pas l’arabe», «Ils ne peuvent pas comprendre, car ils n’ont jamais vécu ici», «qui sont-ils pour nous donner des leçons»,,, j’en passe et de pires. On le voit bien, dans l’esprit de certains, heureusement minoritaires, suspects nous sommes, suspects nous resterons !
Permettez-moi une expression quelque peu triviale : Ras-le-bol de cet état d’esprit ! Il faut accepter cette évidence : Français, Hollandais, Belges, Anglais… Nous sommes, tout comme nous sommes aussi marocains.
Le Maroc est notre pays autant qu’il est le vôtre et c’est avec tous les Marocains de bonne volonté, et ils sont sont nombreux, qui nous ont compris et qui nous apprécient pour ce que nous sommes et ce que nous représentons, que nous construisons un Maroc riche de toutes ses composantes. Les discours d’exclusion n’y pourront rien changer.
A bon entendeur…

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