Un jeune nous interpelle !

Un jeune nous interpelle !

Le Maroc est une mosaïque multiculturelle hétéroclite, dont le peuple est constitué à 50% de jeunes. Des jeunes avec des besoins, des désirs, des objectifs, des certitudes et des incertitudes, des peurs et des espoirs, de l’amour et de la haine, en bref des jeunes comme tout autre jeune au monde.

En ces moments de tension, de revendications sociales et culturelles que les jeunes d’Al-Hoceima mettent en relief, en ces moments où la nécessité d’instaurer un dialogue avec notre jeunesse arrive enfin jusqu’à nos élus, alors que -sur le terrain- nous sommes quelques-uns à l’appeler depuis des lustres, je vous propose de lire ce «cri» d’un jeune militant associatif de 22 ans. Oussama El Bakkali est brillant, lucide, volontaire, engagé et représentatif de sa génération, lisons-le donc avec toute l’attention qu’il mérite !

«Vous pensez jardins de Majorelle, place Jamaa El Fna, la mosquée Hassan II… Senteurs, émotions et spiritualité. Mais connaissez-vous le véritable Maroc ? Je préciserais un peu plus, connaissez-vous les Marocains ? Je vous parie que non. Oubliez vos jardins et vos places, les clichés et autres couscous cannabis, le Maroc est une mosaïque multiculturelle hétéroclite, dont le peuple est constitué à 50% de jeunes. Des jeunes avec des besoins, des désirs, des objectifs, des certitudes et des incertitudes, des peurs et des espoirs, de l’amour et de la haine, en bref des jeunes comme tout autre jeune au monde.

A la différence près que les jeunes marocains sont en majorité oubliés, abandonnés, niés et non je ne fais pas ma crise d’adolescent à la recherche d’attention !

Ces jeunes marocains ont plein d’ambitions et sont innovants : ils créent des associations malgré les difficultés qu’il en coûte, improvisent des financements malgré les entreprises qui ne donnent jamais en retour, se déplacent dans les villages et font don de leurs collectes malgré l’avidité de certains caïds et autres moqaddems.

Des jeunes courageux qui n’ont pas peur de défendre les principes dans lesquels ils croient, mais seuls. Seuls parce que oubliés, ensuite fourvoyés et enfin trompés. Cette volonté d’engagement qu’ont de plus en plus de jeunes Marocains, passant d’un état passif à un état actif, acteurs de la société ne peut être qu’une bonne chose. Mais tous les jeunes Marocains n’ont pas cet état d’esprit, certains sont plus «tête brûlée» et sont plus agressifs, pourtant comment peut-on incriminer des jeunes —qui n’ont reçu ni attention ni encadrement— des erreurs qu’ils commettent.

Un instant, que je vous mette dans le bain : mettez-vous à la place d’un jeune de 15 ans, habitant dans un bidonville à Casablanca, n’ayant rien à se mettre sous la dent au petit déjeuner, et qui sort faire un tour. Devant vous un autre jeune, 15 ans aussi, un téléphone nec plus ultra dans les mains, un chauffeur pour le transporter, des fringues de marque. Sentez-vous cette amertume, ce sentiment de n’être qu’un détail dans ce monde, sentiment sans cesse confirmé par les passants, vous jaugeant comme un chien enragé, cette compression intérieure causée par le manque d’empathie et de compassion ? Ne vous inquiétez pas si vous ressentez ces choses, c’est que vous êtes toujours humains.

Et les jeunes parce qu’avides de réponses, cherchent en se posant tout type de questions. Sachez que lorsque vous pensez qu’il n’y a personne pour encadrer un jeune, apparaît un daechien pour le formater et l’envoyer à la boucherie.

Dieu sait combien les embûches sont innombrables et parce que les jeunes qui se battent pour traverser le labyrinthe d’obstacles qui se dresse devant eux ont de plus en plus la sensation de tourner en rond, je vous invite. Je vous invite à venir partager verre de thé et msemen, non pas dans un beau salon bourgeois mais dans un endroit plus envoûtant et plus révélateur du Maroc que n’importe quel cliché postal : l’esprit d’un jeune marocain.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *