Un vendredi par moi

Un vendredi par moi

Coup de gueule : Le foot, sport populaire s’il en est, ascenseur social des enfants des quartiers pauvres, exutoire sans équivalent des foules, est désormais, par la grâce de Blater et des droits de retransmission, un spectacle pour riche. Peut-être le temps pour nous de nous mettre à nous extasier sur un parcours sans faute du golf. Le seule façon pour nous de nous venger d’une FIFA qui après nous avoir privé de l’organisation de la Coupe du monde nous empêche de suivre celle qui déjà il y a longtemps devait nous revenir.

Coup de cœur : Pour ces quelques vers d’un poème de Jaques Salomé «car nul ne sait à l’avance la durée de vie d’un amour…»*
«[…] et j’ai ensuite cherché longtemps
En moi, toute la soirée,
ce que je pouvais lui répondre d’intéressant.
Huit jours plus tard j’avais trouvé :
" j’ai aimé votre bonjour l’autre soir,
Il m’a rajeuni d’une journée…"
Elle a ri.
"Auriez-vous l’heure ?"
Ô oui, j’avais l’heure,
Et plus encore du temps…»

Du temps, et du bon. C’est ce que l’on peut prendre avec Malek Chebel.
Malek Chebel on le connaît ici surtout comme politologue, une discipline que n’enseigne, du moins en tant que telle, aucune université. On n’oublie, ou on ne sait pas, que c’est un spécialiste de l’Islam et du monde musulman ; son imaginaire, ses symboles, son érotisme, ses beautés et sa sexualité. Son dernier petit, «le Kama – Sutra Arabe»**, a de fortes chances de déranger. Extrait : «Un homme adultère s’adresse à une femme :
Je m’en vais un peu te goûter, histoire de voir si tu es plus savoureuse que ma femme !
Demande donc à mon homme, répond-elle, il saura te renseigner à ce sujet, car il m’a goûté et a goûté à ta femme». Ce passage, présenté par M. Chebel dans la rubrique «Réplique magistrale», tiré des «délices des cœurs» de Tifachi traduit par R. Khawam, est des plus pudiques du «Kama – Sutra Arabe». Mais que l’on ne se méprenne pas. L’auteur n’a aucune intention de se livrer à du libertinage littéraire même s’il est clairement sous le charme «d’une élite de jouisseurs» et célèbre l’hédonisme et l’amour comme une vénération. Sa démarche qui lui a pris quelque vingt ans de travail, intermittent il est vrai, est de démontrer que tout en codifiant les rapports entre femmes et hommes, l’Islam n’est pas antinomique avec la sensualité et le plaisir. L’interdit, tel que nous le connaissons aujourd’hui, d’autant plus inutile qu’il «n’a jamais empêché le libertin de s’adonner à toutes les licences qu’il désire», n’est tombé qu’au neuvième siècle,  soit deux fois cent ans après l’apparition de l’Islam.

L’interdit justement. Maintenant qu’il n’a rien pu, que les velléités de censure ont produit tout naturellement l’effet inverse, on peut le dire sans risque : le film «Marock» de Leila Merrakchi, malgré ses cent milles entrées, est tout sauf du cinéma. Sous le  prétexte en vogue, et aujourd’hui trop facile, de lever des tabous, la caméra baladeuse et voyeuse de la réalisatrice, plombée par ce qu’il y a d’autobiographique dans son film, nous a promenés dans le Maroc des contrastes et contradictions à travers les artères de la colline d’Anfa. Même si elle est montée sur les terrasses filmer les «casseuses de jeûne», elle n’a réussi à aucun moment à prendre de la hauteur. Pour avoir voulu tout montrer, elle a fini par ne rien dire. Et si l’histoire ne s’emballe à aucun moment, c’est parce qu’il n’y a  tout simplement pas d’histoire. Tout juste une série de clichés et une succession d’instantanées sans fil conducteur si ce n’est l’accident non dit du frère et celui, sortie abusivement convenue, de l’être aimé. Même la scène d’amour, voulue comble de l’audace, s’est achevée dans le vulgaire, faute de n’avoir pu être pudiquement érotique ou franchement pornographique.
Sans le devoir d’aller au bout du film, j’aurais été voir ailleurs au bout de cinquante minutes de patiente impatience de quitter la salle.    

*  Edition Le Club – Le Grand Livre du Mois
**  Edition Pauvret

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