Un vendredi par moi

Un vendredi par moi

Coup de cœur, les black-Stars du Ghana face à la Tchéquie en coupe du monde. Du coup on se dit que c’est possible. Deux beaux buts et une flopée de manqués.
Coup de gueule, les mêmes black-Stars, précisément à cause de cette flopée de buts ratés. Les égaux des grands jusqu’à l’approche des dix-huit mètres, nos joueurs du tiers monde sont rattrapés par le sous-développement. Magistralement collectifs avant d’atteindre la surface de réparation, ils la transforment une fois dedans en bourse des transferts ; le ballon commence à ressembler à un visa, les bois à une carte de séjour. Sans autres formes de délibérations, ils retombent, en bons candidats à l’exile dans le chacun pour soi. Du coup, on se reprend à désespérer.
Coup de cœur saupoudré d’un coup de gueule ; le black-star Asamoah Gyan, virevoltant attaquant de vingt ans, qui a ouvert le score, qui a illuminé le stade de tout son talent et de son culot. Il tire un penalty avant que l’arbitre ne siffle, du coup, il reçoit un carton jaune, c’est son deuxième, du coup il se rend compte qu’il ne jouera pas le troisième match des seizièmes de finale. Déconcentré, il rate aussi le penalty. De ce beau match, il ne lui restera que des regrets et ses yeux pour pleurer, au ban de l’ère du jeu, sur le banc de touche.
Des larmes, c’est tout ce que nous avons à offrir à une Palestine au bord de la guerre civile. Du coup, le premier ministre israélien propose généreusement des armes à des Palestiniens pour qu’ils tuent d’autres Palestiniens.
Comme si ses engins de la mort n’y suffisaient pas. Faut-il en pleurer ou en rire? L’occident qui a tout fait, exigé, menacé, envoyé des observateurs pour que le scrutin qu’on savait favorable à Hamas soit le plus transparent qu’ait jamais connu le monde arabe, fait bien mieux que de s’en laver les mains. Punit les Palestiniens pour avoir été, selon sa volonté, cent pour cent démocrates.
Fort heureusement, il y a Ali Mrabet. Avec lui, c’est le rire qui l’emporte. Dans une énième interview à l’algérien «Al Watan», il se défend de courir pour les services algériens en assurant que  «s’il devait un jour rouler pour quelqu’un, il le ferait pour le régime marocain. Apparemment, il paye, dit-il, mieux que les autres». Comment le sait-il, en comparant la rémunération que ces services lui versent avec le salaire que les nationaux donnent à ses pairs marocains ?
La peine au cœur, le décès de Raymond Devos à quatre-vingt trois ans. C’est bien plus que l’espérance de vie en France où a vécu ce Belge, mais tout de même. Devos est un philosophe qui a ciselé sa sagesse dans les perles de l’humour. Il savait «qu’on a toujours tort d’essayer d’avoir raison devant des gens qui ont toutes les raisons de croire qu’ils n’ont pas tort.» Morceau choisi :
«Sur une mer imaginaire, loin de la rive…
 L’artiste en quête d’absolu
joue les naufragés volontaires…
Il est là debout sur une planche qui oscille sur la mer.
La mer est houleuse et la planche est pourrie.
Il manque de chavirer à chaque instant.
Il est vert de peur et il crie:
"C’est merveilleux!
C’est le plus beau métier du monde!"
[…] et plouf, il tombe à l’eau!
Il est rappelé à la dure réalité de la fiction.
Lui qui se voyait déjà en haut de l’affiche,
il se voit déjà en bas de la liste de ces chers disparus!
Il a envie de crier:
"Un homme à la mer!"
Mais comme l’homme c’est lui, et que lui c’est un artiste
et qu’il exerce le plus beau métier du monde,
il crie:
"Et le spectacle continue!" »

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