Un vendredi par moi

Un vendredi par moi

Juste en face de Marina Smir, Jbel Zamzam, du même nom que le puits miraculeux qui permit à Hajar, épouse du Prophète Ibrahim, d’étancher la soif de son fils Ismail. La croyance locale assure que le lieu tient son nom d’une source d’eau qui n’apparaît qu’aux élus du Tout-Puissant. Au sommet, par un temps de canicule, le sol et les troncs d’arbres conservent une humidité constante. Ici et là, des filets d’eau ruissellent à travers les roches qui annoncent le grand Rif, sans qu’on ne leur devine aucune sortie. Je me dis que les nuages bas qui viennent flirter avec les cimes de la montagne ne devraient pas être étrangers au phénomène. A ses pieds, pied dans l’eau, s’étale la «modernité». Un mois par an.

Kabila, Sofitel, Ksar Rimal, Ristinga, Almina, Al-amine… grouillent de monde doré. Et comme un refrain estival, me revient ce gémissement unanime : par quelle incurie humaine, ces espaces restent déserts onze mois par an !

Plus pour longtemps, il faut l’espérer. Le développement essaime ses graines et dessine les contours du futur proche d’une région qui a tout pour elle.
Des sites magiques et des vues imprenables sur des paysages de rêve qui font du droit de bronzer idiot une revendication éminemment intellectuelle.
Une grillade à la carte. A l’écran total ou à l’huile d’olive. La relaxe et le farniente ou la saine sueur. Le soleil, la mer et le sable ou le soleil, la montagne et la randonnée. 
Et la volonté royale d’intégrer ce nord oublié dans le mouvement d’ensemble, voire d’en faire la nouvelle locomotive.

Du haut de Jbel Zamzam, j’aperçois l’autoroute Fnidek-Tétouan frayer son petit bonhomme de chemin. 28 Km pour soulager la voie express Tétouan-Bab Sebta qui peut connaître des pointes de 20 mille véhicules jour. Beaucoup plus lorsque la région commencera à vivre son essor annoncé pour 2007.
Le tronçon permettra également à cette région qu’enkyste l’occupation de Sebta, d’intégrer les espaces du port Tanger-Med et ses trois zones franches. Ses échos arrivent déjà à Fnidek. Sillonnée par les camions et les pelleteuses, la route qui ondule à travers la montagne pour atteindre Ksar Sghir est fortement cabossée. Là aussi, en construction, une autoroute qui se prolongera jusqu’à Tanger pour rejoindre ensuite, par un tronçon de 53 Km, celle de Tanger-Casa. Juste avant Ksar Sghir, surgissent les pylônes en béton qui supporteront les ponts de l’autoroute et du chemin de fer. Partout des panneaux présentent des excuses pour ce désagrément. Dans ma tête, une réplique : le vrai désagrément ce sont les «harragas» qui, de Cap Malabata, rêvent en secret de l’autre rive de la Méditerranée.

Le langage du béton promet des dizaines de milliers d’emplois, un tourisme de mer, de montagne et/ou d’histoire. De culture en général pour les irréductibles. Ici, la mythologie non plus n’est pas loin. C’est dans le voisinage de cette région de l’antique Mauritanie tangitaine qu’Ulysse, héros mythique de la guerre de Troie, fut capturé par la reine Calypso. Des grottes qui portent son nom, Hercule observait les galères à la recherche des jardins des Hespérides dont les fruits procuraient l’immortalité.          
Plus que quiconque, il marqua la légende en séparant à ce point précis l’Afrique de l’Europe. En regardant aux jumelles l’Espagne, je demande à un ingénieur du chantier : combien de travaux herculéens pour les moyens du Maroc faudra-t-il encore pour la rejoindre ?

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