Un vendredi par moi

Un vendredi par moi

«Les médias dans le monde arabe et la communication avec l’autre». Tout un programme qui ne pouvait se terminer autrement : pour communiquer avec l’autre, le monde arabe doit d’abord admettre sa propre pluralité. Il n’y a pas un monde arabe mais des mondes arabes. Entre Palestiniens, Jordaniens, Palistino-jordaniens, Egyptiens, Syriens, Libanais, Tunisiens et Marocains réunis par Mohamed Benaïssa à l’occasion du moussem culturel d’Asilah, nous avions toutes les difficultés du monde (arabe) à nous entendre sur le constat. Ce qui n’a pas échappé à Mohamed Benaïssa. Tout en dentelle diplomatique, il a bien invité ses convives à commencer par là. A la clôture, il n’avait de choix que de se rendre à l’évidence, le sujet nécessitait d’autres rounds.

Il est bien optimiste. Une qualité sans doute : sans cet optimisme, il aurait été fort probablement impossible que le moussem d’Asilah tienne ses 28 ans d’existence. Dans le top five de l’ancienneté, il occupe la cinquième place derrière le Festival du cinéma africain de Khouribga, le Festival national des arts populaires de Marrakech et la fête des mariés d’Imilchil. Avec presque un siècle de vie, la fête des cerises de Sefrou et sa miss tiennent la tête du peloton.
Une première entrave à la communication entre Arabes niche ici. Combien de festivals du même genre peut-on recenser dans ce Golfe d’où nous abreuve chaque jour la chaîne « arabe » Al Jazeera. L’illustration du fossé culturel commence là. En dehors de la calligraphie, quel langage commun, par exemple, entre un Jamal Berraoui, Arabe et moderniste (éradicateur, diront ses adversaires) et un Ahmed Mansour, Arabe et islamiste (obscurantiste, diront les modernistes) ? Tous deux présents à Asilah, ils ne pouvaient que constater leur antinomie radicale.

Pour ma part, il m’est difficile de suivre dans son raisonnement simpliste le même Ahmed Mansour, journaliste vedette d’Al Jazeera à l’ego surdimensionné. Lui croit que Hizbollah a vaincu Israël.
Personnellement, je considère que lorsqu’une agression ne laisse derrière elle que ruines et morts et ramène un pays trente ans en arrière, il est permis de parler de tout sauf de victoire. Impossible même d’évoquer une quelconque résistance sous le prétexte d’une poignée de pétards lancés sur la tête de quelques Israéliens. Se serait mentir. Et dans mon Islam, Dieu maudit le mensonge fut-il pour plaisanter.

Al Jazeera, son discours surtout, reste une énigme. Non pas que le décryptage de sa dualité présente une quelconque difficulté. Mais que la rue arabe y étanche sa frustration sans prêter attention à ce qu’il a de pernicieux et d’équivoque. Sous-tendue par le panarabisme nassero-baâthiste recyclé en islamisme régénérant des mythes qui nous ont conduits dans ce cul-de-sac, Al Jazeera enveloppe et justifie l’exaltation de la rue contre les autocraties arabes qui ne tolèrent ni liberté d’expression ni démocratie. Elle sert ainsi d’appui au discours américain sur le Grand Moyen-Orient et on croit qu’au bout, elle va nous servir les valeurs universelles de la liberté. Elle ne nous ressert que la glorification de Ben Laden et autres Zarkaoui dont les propos sont aussitôt repris par les grands médias occidentaux qui s’en servent à leur tour pour alimenter la haine des Arabes. Et la boucle est bouclée. En dépit de tout, j’ai envie de partager avec Mohamed Benaïssa son optimisme. Parce que, dans l’optimisme, il y a l’espoir, dans l’espoir, la vie et son espérance, et, dans la salle des conférences d’Asilah, quelques esprits éclairés tout de même. 

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