Un vendredi par moi

Un vendredi par moi

Une femme finance moins qu’un chef spirituel, un gourou, Hassan Khattab meneur de Ansar Al Mahdi. On dit d’elle qu’elle est d’un certain âge et lui d’une jeunesse certaine.

Des choses plus sérieuses. Un docteur syrien qui en est encore au système de  pensée de la guerre froide et un jordano-palestinien, tout aussi "oustade", qui sévit sur Al Jazeera. Leur distinction commune, très commune, ils la doivent à une déclaration en chœur au moussem culturel d’Assilah : «les Américains ne savent rien sur le monde arabe». Ils en veulent pour démonstration «l’empêtrement» de Washington en Irak. Tant d’ignorance dans deux têtes seulement ferait s’arracher les cheveux à un chauve.
Cette ignorance suppose que les Etats-Unis sont en Irak pour y faire ce qu’ils disent, un Etat stable et démocratique, et au Moyen-Orient pour ce qu’ils prônent, un havre de paix et un espace de liberté. Elle fait l’impasse ensuite, sans parler de la NSA qui écoute en permanence tout ce qui frémit  dans le monde, sur les armées de spécialistes et experts en tous genres qui nous dissèquent au quotidien et travaillent sur nous chaque jour. L’aberration de cette ignorance est d’autant plus aberrante qu’à Assilah même, alors que nous étions entre «Arabes», les seuls non Arabes qui étaient dans la salle, notant nos faits et gestes, transcrivant à la lettre nos propos et déclarations étaient deux diplomates de l’ambassade américaine à Rabat et une autre venue directement et spécialement du Département d’Etat pour l’occasion.

L’ignorance a plutôt élu domicile chez nous. Ce que les Américains veulent, ils l’écrivent. Février 2003, Robert Kagan, un des théoriciens des néo-conservateurs écrivait sans fioriture dans « La faiblesse et la puissance »* ce que les USA, avant l’occupation, sont et cherchent :
«L’Amérique n’a pas changé le 11 septembre. Elle est simplement devenue davantage elle-même».
«L’hégémonie que l’Amérique a établie au 19e siècle dans l’hémisphère occidental a constitué depuis lors un trait permanent de sa politique internationale».
«Quand elle veut légitimer ses actions à l’étranger, elle ne s’adresse pas à une instance supranationale, mais se réfère à ses propres principes».
«Pour leur présence dans le monde musulman, les Américains seront [conduits] à s’installer pour longtemps dans le Golfe persique et en Asie centrale, et déboucher peut-être sur une occupation à long terme de l’un des plus grands pays arabes».

L’ignorance est la mère de tous nos maux. Pour élaborer son rapport sur «Comment sera le monde en 2020»**, la CIA, en plus de tous ses autres moyens de renseignement, a passé en revue et étudié diverses méthodologies, consulté un certain nombre d’études récentes de prospective, réuni quelques-uns de ses homologues au Royaume-Uni, au Canada, en Australie et en Nouvelle-Zélande, organisé six conférences régionales dans des pays situés sur quatre continents  pour recueillir les points de vue d’experts étrangers d’obédiences diverses, tous universitaires, acteurs des milieux d’affaires, fonctionnaires gouvernementaux, membres d’ONG. En plus des conférences qui se sont tenues un peu partout hors des Etats-Unis réunissant des centaines de participants de tous les pays, la CIA a organisé un colloque consacré à l’Inde. Des conférences et des ateliers ont étoffé ce débat sur certains sujets comme les nouvelles technologies, le changement de nature de la guerre, les politiques identitaires, la question des sexes, le changement climatique et bien d’autres thèmes… Et s’il y a vraiment quelque chose qu’ils n’ont pas examinée, c’est notre ignorance. Elle est patente.

* Plon   
** Robert Laffont

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