Un vendredi par moi

Un vendredi par moi

Refus de visa algérien à Jamel Debbouze, l’un des quatre héros du film «Indigènes». Du coup, l’indigène n’a pas pu assister avec ses frères indigènes à la projection du film chez les indigènes. L’Algérie étant ce qu’elle est, il n’a pas raté grand-chose. Mais cette hostilité algérienne à un artiste pétri de talent parce qu’il est d’origine marocaine laisse songeur. Pourtant, Debbouze avec Zine Eddine Zidane sont bien de rares Maghrébins à trouver grâce aux yeux des Français. En situation normale, cette communauté de destin aurait valu à la tare congénitale de tout autre de ne pas être algérien des circonstances atténuantes. Mais l’Algérie est congénitalement marocophobe.

Un professeur de philo a déversé son fiel sur l’Islam. Une religion de haine, dit-il, qui a pour prophète un pillard et dans laquelle sont éduqués des millions de petits Musulmans. L’enfant que j’ai été, l’élève de l’école coranique que j’ai fréquentée, le collégien que je fus, n’a aucun souvenir de l’Islam dont parle le quidam qui vient de sortir ainsi de l’anonymat. Le croyant sceptique que je suis considère que le meilleur cadeau à lui faire ainsi qu’à ses semblables c’est encore de les menacer.

Notre prof de philo, fut-il agrégé, est-il qualifié pour interpréter le Coran ? Pas plus qu’un émir intégriste de quartier autoproclamé moufti n’a la compétence d’indiquer le droit chemin. Tout profane qui ne cherche qu’à avoir raison peut trouver dans tout livre sacré de quoi alimenter ses préjugés. Tout demandeur de vérité qui cherche à comprendre est tenu d’aller au-delà du texte. En Islam, l’une des clés indépassables pour la compréhension du Coran est la science des circonstances et contextes de la révélation. Elle est née du besoin de dater la révélation des signes (ayate) et de permettre la distinction de ce qu’il y a dans les commandements coraniques de général et de particulier, de relatif et d’absolu, de ponctuel et de pérenne,  de contraignant ou non pour le Musulman.

Autrement comment saisir le signe 51 du verset Al ma’ida (la table) ? Il ordonne: «Ne prenez pas les juifs et les chrétiens pour alliés. Ne sont-ils pas alliés les uns aux autres ?» Notre prof de philo, aveuglé par sa propre haine de l’Islam, n’y verra qu’incitation à la haine. Notre émir de quartier, traumatisé par le soutien inconditionnel des Américains en particulier et de l’Occident en général à Israël, la convergence de leur cause en Afghanistan et en Irak,  ne le retiendra que comme un commandement absolu. Recroquevillé chacun sur ses fausses certitudes, aucun ne se penchera sur son caractère conjoncturel. Le Prophète Mohammad, réfugié à Médine, avait conclu une coexistence pacifique avec la population hébraïque. Mais, devant faire face au siège des coalisés (al ahzab), le doute avait gagné ses propres rangs. La révélation du signe 51 vola, dans un contexte particulier, à son secours pour circonscrire les retournements d’alliance.

Pour le reste, le Prophète s’inscrit sans complexe dans la lignée de la judaïté et de la chrétienté. «Rappelle-toi, lui dit Allah, que nous avons pris l’engagement des Prophètes, le tien, celui de Noé, d’Abraham, de Moïse, de Jésus, fils de Marie […] afin que Dieu demande compte aux véridiques de leur sincérité.»

Quel choix nous laisse la haine ? Du prof et celle des fous qui le destinent à la mort au nom d’un Dieu Tout-Puissant qui n’a pas besoin d’eux pour lui envoyer, s’il en avait envie, les foudres de sa colère ? Peut-être pratiquement le même choix que celui que nous laissent ceux qui imposent le voile et ceux qui l’interdisent.

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