Un vendredi par moi

Un vendredi par moi

Le Casablancais. «Par rapport au Slaoui, au Rbati, au Meknassi et au Fassi, c’est un mutant.» En fait c’est une espèce en voie de naissance. Pourtant, la vie humaine dans l’ancienne Anfa remonterait à 700 000 ans. Après un survol de ces siècles, Robert Chastel traque les récits pour reconstituer l’histoire d’une ville pas comme les autres. Trente mois de travail pour un ouvrage de témoignages, de récits et de photos, beaucoup de photos.

Médecin bien installé depuis quatre décennies à Rabat, R. Chastel, joyeux vivant porté sur les plaisirs de la  vie, s’aventure aujourd’hui historien sans en avoir ni la formation ni la rigueur. Le french docteur à sa façon n’est pas arrivé au Maroc dans les bagages de la colonisation. Il en a cependant le regard. Auteur en 1993 d’un ouvrage sur Rabat, il récidive à compte d’auteur avec un pavé sur Dar El-Beida, «Histoire de Casablanca; des origines à 1952.» C’est avec l’amour pour une femme qu’il en parle : «déroutante, ambitieuse, industrieuse, individualiste, elle se fait son cinéma, prête à tout pour se rendre intéressante […] sa vraie constance, comme la nôtre, est de souvent changer.»

Ne nous enivrons pas. Le livre n’est pas une page d’érotisme. Si les images du chapitre consacré à Bousbir le sont, le texte sur la prostitution à Casablanca pendant le protectorat emprunte sa littérature surtout à la médecine et à la sociologie. L’ouvrage est une compilation commentée par R. Chastel d’écrits d’époque par des auteurs tels Jean Potocki, William Lempière ou encore le docteur Frédéric Weisgerber auteur du fameux «Au seuil du Maroc moderne.» Certains choix sont douteux. Des passages gratuits et n’apportent rien au sujet. Mais une fois qu’on sait que les témoignages sont écrits avec le lexique des colons, l’ouvrage est une collecte d’informations pour celui qui saura lire avec discernement. On peut y apprendre que la première liaison téléphonique entre Rabat et celle qui deviendra la capitale économique du Maroc a été réalisée à la fin de 1913 ou encore qu’à Casablanca «la règle d’urbanisme de Lyautey était en contradiction.» Ce qui n’était pas pour embarrasser le maréchal. Et alors ! semblait-il dire. Mais à sa façon, sublime. La voici : «je me suis contredit mais c’est une affirmation de mon principe : il n’y a pas de règle ; il n’y a que des situations.»

Derb Soltane. Tout un quartier. Toute une culture. Une façon particulière d’être Casablancais. Pour Prost, architecte de la ville, «c’est un parti énergique qui a été pris» pour libérer les quartiers européens «des immondes foyers d’infection» qui s’y sont glissés par l’arrivée «de populations indigènes» attirées par l’offre d’emplois et «les salaires élevés. Une nouvelle ville indigène se crée de toutes pièces par les soins  de l’administration du protectorat en association avec l’administration des Habous […] Cette ville neuve est située hors de tout groupement européen, à proximité du nouveau palais du Sultan, sur la voie la plus fréquentée par les indigènes […] Une ligne de tram mettra ce village en communication directe avec le port.» Tout est dit ! Le Derb Soltane des origines a des relents d’apartheid; ce n’était toutefois pas l’apartheid. Mais c’était déjà le dodo, métro, boulot que connaîtra l’immigration post indépendance.

Restons d’une certaine manière dans le Maghreb français. Rachid Aârab est de retour à la télévision française. On y voit de plus en plus de blacks et de beurs dans les journaux et magazines. Subitement, la France s’est rendu compte que sa télé ne tenait pas son rôle dans l’œuvre d’intégration. Un frémissement payé au prix du grand chambardement des banlieues.

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