Un vendredi par moi

Un vendredi par moi

Pour mieux desservir Mohammed VI, Feu Hassan II est naturellement appelé à la rescousse. Nicolas Beau, journaliste du Canard Enchaîné, et son acolyte, Catherine Graciet découvrent subitement des qualités au Roi père. Pour trouver plus de défauts au Roi fils. L’ouvrage, «Quand le Maroc sera islamiste (*)», démarre sur les chapeaux de roue. Vingt-quatre lignes sur le «mirage marocain» suivi à la vingt-cinquième d’un «hélas» sec et brutal. La technique est d’un simplisme qui se confond avec le ridicule: Minorez l’actif, majorez le passif, mettez bout à bout rien que tout ce qui ne marche pas et vous obtenez l’écran noir de nos futures nuits blanches. Nos filles mettront le voile, Catherine Graciet les voiles. Mission accomplie.

Quelle mission ? Faire peur. Non pas aux Marocains mais aux investisseurs. Dès l’introduction, l’ouvrage donne le ton. Les inters titres du chapitre ? «Lettres de sang, coup de tonnerre, vaste névrose d’échec.» Les sept premières pages, de peur que le lecteur pressé aille voir ailleurs, sont consacrées à l’inéluctabilité de l’explosion « de la marmite marocaine.» Sur 230 pages, le livre dédie 100 à détruire l’image économique et financière du pays et à réduire la portée des réformes engagées sous le titre choc : «chronique d’un désastre annoncé.» Le reste à semer la panique en nous servant une ritournelle algérienne : la Tunisie a su réduire l’islamisme, l’Algérie a crevé l’abcès, pour le Maroc le pire est à venir.
La réalité qui explique la commande de cet ouvrage se retrouve dans quelques constats et chiffres. C’est ce qu’il cherche à détruire : Le royaume est actuellement la première destination maghrébine de l’investissement avec 3 milliards de dollars l’année dernière. L’investissement global est à 25% du PIB contre 20% jusqu’à la fin des années quatre-vingt-dix. Sa croissance annuelle est de l’ordre de 7% au cours des cinq dernières années contre 3% auparavant. Le capital national reprend confiance et investit beaucoup dans le bâtiment et dans la modernisation de son appareil productif. Une récente étude réalisée par Ernest & Young pour le compte de la direction des investissements montre que l’attractivité de notre pays s’est nettement améliorée (voir page 15).

Le reste c’est de l’habillage. Saâd Eddine Othmani, secrétaire général du PJD, est «lisse comme un galet.», nous dit l’ouvrage. Son camarade Mustapha Ramid est un «tonitruant député à la carrure imposante.» Nadia Yassine enfin est une «pasionaria, islamiste pure et dure mais aussi fort attentive aux droits des femmes.» Ainsi donc ! Celle qui s’est opposée au programme d’intégration de la femme dans le développement est une féministe. On ne le savait pas. Mais on sait qu’aucune antinomie, aucun paradoxe ne fera reculer les auteurs dès lors qu’il servira, à leurs yeux, à importuner la monarchie. La règle est toute simple: vous serez valorisé ou désavantagé selon votre propension à vous impliquer dans le jeu politique marocain ou votre tendance à rester en dehors.

«Quand le Maroc sera islamiste.» Le titre ne souffre pas le doute, et encore moins l’interrogation. A fortiori l’objection. M Soleil et sa cartomancienne n’auront alors plus comme souci que de démontrer ce que ces amis qui nous veulent du bien, les ont aidés à "voir". Parmi eux l’incontournable Driss Basri qui se faisait un plaisir particulier pendant les deux ans qu’a duré sa collaboration avec les deux auteurs à offrir, à l’occasion des fêtes de Noël, quelques caisses de bon vin à son «ami Nicolas Beau.» Libre à celui-ci de reprendre à son compte les prédictions de l’ancien ministre de l’Intérieur si fort en prévisions qu’il n’a su prévoir son propre limogeage.

(*) Edition la Découverte.

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