Un vendredi par moi

Un vendredi par moi

Haut et court. Dans la même ambiance de haine qui marquait la pendaison des voleurs de chevaux en Amérique. Le film aurait pu avoir pour titre : «FAR WEST IN BAGDAD».Ou «POUR UN BARIL DE PETROLE.» Seulement ce n’était pas du cinéma. Et la réalité n’a pas dépassé la fiction. Que garderont nos enfants de ces images? Que les Américains ont exécuté Saddam. Un jour de l’Aïd. Que le président irakien ne recule pas devant la mort. Qu’il s’agisse pour lui de la donner ou de la subir. Si avec ça on ne crée pas des vocations.

Tout cela me ramène à «l’Edit de Caracalla»* publié par Régis Debray en 2002. Soit une année avant l’invasion de l’Irak. C’est un plaidoyer pour une Fédération euro-américaine par une procédure qui reprendrait à son compte la décision de Bassianus Caracalla de conférer en 212 la citoyenneté romaine, jusque-là réservée aux habitants de l’Italie, à l’ensemble des entités de l’empire pour peu qu’elles se soumettent à l’autorité de Rome, Washington aujourd’hui. Mais attention, le plaidoyer ne concerne que les ressortissants de l’Europe et «les croquants de la judéo-chrétienneté.»

L’intérêt de l’ouvrage lui vient de son caractère privé. C’est un épistolaire dont l’auteur est un rejeton de l’ENA. Décédé depuis, il a servi dans le renseignement français avant de se rendre armes, bagages et nationalité à la citoyenneté américaine et à ses services.  Sa correspondance cherche à gagner R. Debray à sa cause, en faire un porte-voix. Son contenu – les éléments de la force des Etats-Unis, les faiblesses de l’Europe et sa frilosité, la «naturalité»  si j’ose dire de l’alliance occidentale, le reste du monde, c’est-à-dire sa lie… – est connu de beaucoup. L’argumentaire est choquant, l’analyse pointue, souvent osée. Il nous révèle de l’intérieur du système comment le système pense quand le feu des caméras est éteint. A la base, nullement destiné à la publication, il affirme les choses crûment : «Berlusconi a eu le tort de dire tout haut ce que nous pensons tous in petto, eu égard aux convenances diplomatiques. Oui, notre civilisation est supérieure à celle de l’Islam.»

«Vous mesurez encore mal, écrit-il à R. Debray, le différentiel des pressions démographiques entre les barbares à sept enfants et les civilisés à enfant unique. Vous êtes-vous promené à Calcutta, à Istanbul, à Lagos? Un être humain sur deux, là-bas, a moins de vingt et un an. Les confins explosent, l’Euro-Amérique implose.»
Auparavant, il précise : «Dans trente ans d’ici, il y aura deux milliards d’hommes pris dans la mouvance musulmane. Un homme sur quatre sera "un terroriste" virtuel. Alors qu’est-ce qu’on fait?» La réponse tombe sous le sens. Reportez-vous au début de cette chronique.

Ce délire en lettres de sang «dessine en pointillé une carte. D’identité et de géographie.» De bons et de bruts, devrions-nous comprendre. «Elle inclut Israël, non la Palestine. Le Mexique jusqu’au Chiapas exclu. La côte nord de la Méditerranée, non le Maghreb. Peut-être la Russie, certainement pas la Chine. Peut-être la Turquie […] certainement pas le Moyen-Orient ni l’Asie centrale. Ni l’Afrique  noire, cela va sans dire. Une confédération en repoussé : notre circonscription fédérale à défendre. Ami est quelquefois un mot vide de sens ; ennemi, jamais.» Voilà qui est dit.

* Fayard

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