Un vendredi par moi

Une délégation marocaine sillonne les grandes capitales pour expliquer le contenu de l’autonomie que le Royaume entend mettre en place au Sahara. Qu’elle soit composée exclusivement de ministres et de hauts cadres de l’Etat relevant des domaines de la souveraineté n’est pas indifférent. Sa composition dit l’engagement du Roi dans ce qu’il incarne constitutionnellement sur un mode d’organisation politique du territoire qui ne saurait être sans conséquence sur l’organisation politique et territoriale de l’espace national.

Chaque marocain aura à discuter le moment venu du contenu de cette autonomie et de ses implications sur les autres régions du pays. Pour l’instant, il faut juste rappeler que ce projet est le produit d’un long processus qui a abouti en 2000, lors de la rencontre onusienne de Berlin, à la nécessité de prospecter des voies autres que celles qui avaient conduit aux blocages que l’on connaît. Il en a résulté en 2001 le plan BakerI, du nom de l’ancien secrétaire d’Etat américain qui supervisait le dossier pour le compte du Conseil de sécurité. Il fut, le plan pas Baker, littéralement et sauvagement sabordé. A la tronçonneuse ; l’Algérie ne suggérant pas moins que le partage du territoire. Deux ans plus tard, le représentant du secrétaire général réémerge avec son plan Baker II. Cette fois-ci c’est Rabat qui s’échine à l’envoyer avec succès à la trappe. Cette évolution est un fait capital. Car la solution politique au conflit connaît par là un bornage aux contours bien définis : quelle qu’elle soit, chacun savait que la solution ne pouvait ressembler ni à la première version du plan Baker, minimale aux yeux de l’Algérie ni à cette programmation à terme d’un Etat sahraoui croupion cher à Alger.

C’est dans un espace diplomatique aussi bien défini que Rabat redouble de créativité, ose et enfin risque une solution politique dont au fond de lui-même le Maroc ne veut pas, mais qu’il concède pour sauvegarder à la paix et au développement leurs chances dans la région. Et c’est à cette audace, à en juger par les échos qui nous parviennent, que les capitales importantes réservent un accueil bienveillant. Faudrait-il s’en étonner si c’est le moment que choisit le Polisario, sous les ovations du président algérien Abdelaziz Bouteflika, pour se rappeler qu’il a un anniversaire à fêter, la création d’une république de cocagne, et le choix d’une capitale à lui donner : Tifariti.

N’allez pas chercher sur une carte. Tifariti est une bourgade qui relève du territoire marocain, perdue dans le désert entre Smara et Tindouf, vide de toute vie, que le Maroc a laissée pour des raisons tactiques en dehors du mur de sécurité. C’est dans ce néant et à l’abri du cessez-le-feu que le Polisario a choisi d’organiser sa politique-parade. Le défilé était ridicule, la proclamation de Tifariti capitale burlesque, mais leur effet est d’une portée dramatique. Il consiste, pour le seul plaisir d’Alger, en le rejet encore d’une solution courageuse et porteuse d’espoirs. Ce n’est pas la première fois. Afin de contourner l’acceptation du référendum par le Maroc à Nairobi en 1981, l’Algérie n’avait pas trouvé mieux que de violer l’OUA en public en y faisant admettre l’inexistante RASD. De ce point de vue, rien donc de nouveau à l’Est. Reste une lueur : au plan diplomatique la situation a beaucoup évolué. La communauté internationale est de plus en plus convaincue qu’une solution viable ne peut se concevoir que dans le cadre de la souveraineté marocaine et cette conviction est en passe de gagner à sa cause des franges importantes au sein de l’élite intellectuelle la plus réfractaire à l’égard du Maroc, l’élite espagnole. Rien n’est entièrement gagné, mais c’est un bon début.

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