Un vendredi par moi

«Réputation de militant que le Souverain lui a toujours connue […] hautes compétences qui lui sont reconnues […] patriotisme loyal […] attachement sincère aux constantes de la nation […] engagement inébranlable en faveur de la consolidation de la culture et de la pratique  de la citoyenneté responsable […] dévouement […] sens du sacrifice […] abnégation dans l’action […] preuve de maturité d’esprit, volonté d’assumer pleinement ses responsabilités […] courage circonspect. » On ne compte plus les qualités qui ont conduit le Roi à nommer Ahmed Herzenni à la tête du Conseil consultatif des droits de l’Homme (CCDH). Tant de louanges ne peuvent résonner que comme une charge. Lourde, très lourde que le successeur de Driss Benzekri se doit de justifier, de confirmer au quotidien, à chaque instant.

Pour ceux qui le connaissent, A. Herzenni est un homme de tripes, mu par une colère rongeante contre toutes les formes d’injustice, d’iniquité et d’incivilité.
C’est cette furie qui le pousse en juin 2005 à s’élever par un appel citoyen qui réunira près de vingt mille signatures contre ce qu’il a appelé «des actes de démoralisation de l’opinion publique.» Tout simplement parce qu’il avait constaté que «l’opinion publique marocaine est la cible, depuis un certain temps, de manœuvres recouvrant différentes formes visant à créer un climat d’instabilité, de suspicion et d’incertitude tendant à remettre fondamentalement en cause les acquis du pays en matière de transition démocratique et d’édification de l’Etat de droit.» Intolérable bien sûr tout autant que l’était l’autodafé qu’ont fait subir des étudiants sahraouis, un groupuscule, au drapeau national sur le campus de la capitale.
C’est la même fureur qui, cinq mois plus tôt, l’anime lorsqu’il s’improvise pamphlétaire contre «la misère des «révolutionnaires» marocains » qui «connaissent la rive gauche de la Seine à Paris – et aussi la rive droite – mieux que leur poche, mais qui ne saurait dire où se trouve Ezzhiliga.»*

Pourtant, c’est cette passion qu’A. Herzenni doit remiser aujourd’hui qu’il est président du CCDH. L’homme sincèrement révolté qui a rédigé un pamphlet à la gloire de certains " révolutionnaires" marocains doit s’effacer devant l’homme de la nouvelle culture qui, en réponse à une correspondance d’Ismaïl Alaoui, secrétaire général du PPS, estimait «qu’il était temps d’admettre qu’il y a dans le pays des sensibilités politiques autres que celles issues du mouvement national.»** C’est sans doute la preuve que le président du CCDH a dépassé ce que la culture maoïste peut avoir de totalitaire et d’intolérant. Sans doute encore, cela va sans dire mais il va mieux en le disant. Au poste où il est, l’écoute est essentielle. Ni parti pris ni parti tout court. Souvent, les solutions passeront par la synthèse.

L’avocat libéral Mohamed Ziane a été dans l’émission «Tayarat» sur 2M tel qu’en lui-même, une bourrasque. Ses propos sur Driss Benzekri ont autant outragé la mémoire du défunt qu’outré ses amis. Devait-il le faire ? Un minimum de décence dictait en la circonstance un brin de retenue. Avait-il le droit de le faire ? Oui, sans l’ombre d’un doute ! Et plutôt deux fois qu’une. Car le propre de la démocratie c’est de tolérer les extrêmes, de gauche ou de droite, pour peu qu’ils fussent d’une minorité microscopique.

* Le Matin du 26 janvier 2005
** Le Maroc décanté, A. Herzenni, édition Udad  

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