Un vendredi par moi

Réchauffement de la planète oblige, les météorologues nous avaient promis une saison estivale caniculaire. L’été, à quelques jours de l’automne, fut globalement clément. Mais nous avions eu chaud tout de même. Français, Espagnols, Américains et bien d’autres avaient fini par nous le faire croire à force de matraquage médiatique et de sondages que l’on sait aujourd’hui avec certitude, badigeonnés : l’issue du scrutin législatif du 7 septembre fera figure dans les annales marocaines de grand soir islamiste. Fort heureusement, la politologie, à l’image de la météorologie, n’est pas une science exacte. Je reviendrai la semaine prochaine sur le fort taux d’abstention, mais cette intrusion des oracles occidentaux dans nos options politiques a eu pour qualité essentielle de ne faire que des victimes, aussi bien des déçus que des satisfaits du scrutin. Les islamistes parce qu’ils y ont cru, les autres parce qu’ils ont hésité à ne pas y croire.

La prévision, supposée avoir des fondements quelque peu scientifiques, car elle s’est confondue avec la prédication, a eu tout faux. Elle n’en a pas moins été révélatrice. D’abord d’un comportement que les professions de foi démocratique des cadres du PJD avaient réussi un temps à masquer. A tue-tête, on nous a asséné la ritournelle que l’on pouvait être un démocrate à référentiel islamique exactement de la même manière que l’on est en Europe démocrate chrétien. On avait commencé à espérer, à se dire qu’après tout, c’était possible… Mais il a suffi que les urnes réduisent à néant les espoirs des amis de Saâd Eddine El Othmani, tels que confectionnés par des sondages américains et la presse occidentale,  pour que l’on assiste à un basculement dans la violence, pour l’instant et pour notre quiétude encore verbale. Le naturel qui revient au galop? Sans mesurer la portée de leurs propos exclusives, les pjidistes ont jeté l’anathème sur l’ensemble des autres candidats et leurs électeurs. «Si nous n’avons été que seconds, disent-ils, c’est à cause du camp de la prévarication qui nous a barré le chemin grâce à l’argent sale.»

On me corrigera si je me trompe, mais dans la religion musulmane Dieu maudit le corrompu au même titre que le corrupteur. Si l’on suit cette logique, sur les six millions et quelque gens qui ont voté vendredi dernier, seul le moins d’un million d’électeurs du PJD mérite la grâce du Tout-Puissant. Les autres, les damnés des élections, n’ont plus droit qu’à subir un verdict sans instruction de l’accusation, sans procès ni délibérations. C’est l’un des dirigeants du PJD qui nous l’avoue, Abdelilah Benkirane en personne : «nous avons fondé notre critique de l’usage de l’argent sur ce que nous avons entendu, mais il nous est difficile de le démontrer. Toutefois nous maintenons que l’argent a eu un rôle dans ces élections». Ainsi soit-il ! Il suffit dès lors de soumettre la justice marocaine, ses lois et ses procédures à la démarche expéditive d’un parti qui se dit entre autres de la justice pour que tout aille bien dans le meilleur des mondes verts. Mais supposons un instant que les accusations du PJD soient quelque part fondées, qu’en déduire pour un parti qui a placé sa campagne sous le signe de la lutte contre la corruption, sinon l’échec ? Doublé d’un autre échec: entre les 63% d’abstentionnistes qui ont jugé que son programme ne valait pas le détour et les plus de cinq millions qui n’ont pas voté pour lui, le PJD gagnerait à se draper d’humilité. C’est une vertu qui témoigne d’une sincère et profonde piété, semble-t-il.

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