Un vendredi par moi

Le débat organisé, la semaine dernière par le quotidien Almassae, a tenu toutes ses promesses. Un rare moment, depuis fort longtemps. Une salle comble a débattu de tout, je suis tenté d’ajouter et parfois de rien, sans langue de bois et sans que personne ne se lasse. A une exception près, le panel ne manquait pas de piment : Larbi Messari, Mustapha Ramid, Mohamed Sassi, Mohamed El Gahs et, dans le rôle de produit d’appel, Fouad Ali El Himma. Le succès était assuré. L’ancien ministre délégué à l’Intérieur a fait sur l’auditoire l’effet d’un martien donnant l’impression de n’avoir jamais su ce qu’était y aller par quatre chemins. Les autres ont visiblement oublié le discours par périphrases. Le résultat ne s’est pas fait attendre : un échange fructueux qui émane de la démocratie autant qu’il la fait. L’avocasserie n’y avait que très rarement sa place.

Argutie d’avocat en mal d’affaires, la sempiternelle réforme constitutionnelle. Mohamed El Gahs a écarté le sujet d’un revers de la main : La réforme de la Constitution est un cache-misère pour tous ceux qui n’ont d’autres solutions aux problèmes du Maroc que le verbiage. La balle ainsi levée était trop bonne pour que Ali El Himma résiste au plaisir de smasher. L’article 19 qui serait la source de la concentration de l’essentiel des pouvoirs entre les mains du Roi ? En neuf ans de règne, il n’a jamais été utilisé. Des sujets délicats qui ont divisé ou pouvaient diviser la Nation à l’image de la Moudawana ou de l’Equité et réconciliation, ont été résolus par consensus national après un vaste débat entre les différentes composantes du pays. Les comités de bonne gouvernance qui gèrent les grands chantiers à l’instar du port Tanger Med ont observé la procédure législative et obtenu l’aval du Parlement.

Il y a, en fait, deux voies dans le domaine juridique pour faire évoluer les choses. La première est une démarche volontariste qui consiste à changer, en légiférant, un état jugé déplorable sans que pour autant les conditions socio-politiques à même de permettre la bonne digestion des nouveaux textes par la société ne soient réunies. Le statut de la famille est dans cette situation. C’est pour cela qu’il lui faudra probablement, en raison des résistances, beaucoup de temps avant qu’il se voit sinon intégralement exécuté, du moins correctement appliqué. La seconde voie est attentiste mais plus sûre. Elle patiente jusqu’à ce qu’un fait sociétal devienne une réalité  pour que le législateur vienne le consacrer. La méthode qui laisse les mouvements sociétaux faire en douceur leur travail de fond, présente l’avantage de ne pas effaroucher les conservatismes et évite de pousser les frilosités politiques à des ruades régressives.

En neuf ans de règne, le rapport du Roi aux Marocains et celui de la monarchie au peuple a beaucoup évolué. De la démocratie hassanienne à la monarchie citoyenne, le parcours n’est pas mince. Il n’est donc pas inconcevable de voir cette ouverture s’approfondir. Encore faudrait-il l’aider à aller dans ce sens sachant que toute démocratie appelle une assise économique et sociale saine. Les réformes engagées, les chantiers structurants en cours devraient permettre au Maroc d’atteindre le seuil minimal nécessaire à l’émergence d’une démocratie dans son acception la plus universelle. Mais le rendement à moyen et long termes des réalisations et des projets en cours les expose aux impatiences sociales et  aux remous qui peuvent en découler. D’où l’urgence de mobiliser les énergies et les imaginations non pas pour attiser le feu, mais afin de concevoir des palliatifs et des remèdes à la revendication sociale de manière à arriver à la production des richesses nécessaires et suffisantes à la redistribution requise. En dehors de ce choix, il n’y a pas de salut pour un pays comme le Maroc. Car, croire que la jacquerie aide au développement est une faute et que l’abrogation de l’article 19 puisse agir sur le prix du pain est plus qu’une erreur. 

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