Un vendredi par moi

On sait désormais ce qu’est le poids électoral du PAGDS et du PSU. Bien moins de cinquante mille voix. Guère bien plus si on leur ajoutait les voix qu’auraient pu récolter les anciens amamistes reconvertis dans Annahj Addimocrati, littéralement «la voie démocratique», s’ils avaient pris part aux élections. Cette gauche, toutes tendances confondues, est une larme dans un océan de lamentations. Pourtant que de bruits. Son volume sonore est inversement proportionnel à celui de son électorat. Dans ce vacarme, le cas d’Annahj Addimocrati qui squatte une bonne partie de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), la détournant de ses missions originelles, mérite qu’on s’y arrête. De toutes les composantes de l’ancienne nouvelle gauche, Annahj est celui qui n’a pris aucun acte, aussi minimal soit-il, des échecs historiques du marxisme. Idéologiquement, il en est encore aux années soixante-dix du siècle dernier. Quarante ans de débats et de mutations n’ont eu aucun impact sur sa façon de penser le monde. Au point de mériter le titre d’inventeur de la dialectique statique. Une fois fait, ce constat permet de comprendre la guérilla politique d’Annahj.

L’innocuité de ce jeu qui se revendique de l’action démocratique n’est pas avérée. Il poursuit une logique implacable. En investissant une association des droits de l’Homme, les activistes d’Annahj, nourris au sein de la dictature du prolétariat, savaient pertinemment qu’ils allaient très vite se retrouver à l’étroit dans cet habit. Porteurs d’un a priori idéologique à l’égard des droits de l’homme qu’ils ont longtemps considéré comme un leurre de l’Ouest impérialiste dirigé contre les pays socialistes, les anciens amamistes vont essayer avec succès de faire prévaloir la vision marxiste «kolkhoziste» du monde qui veut que les droits élémentaires de la personne s’effacent toujours devant les droits alimentaires de la collectivité. Cette contradiction est miraculeusement absorbée par la transformation de l’association qui voit les droits humains se substituer aux droits de l’Homme dans sa dénomination. La perspective est ainsi ouverte à «l’action de masse» par le dépassement de la stricte défense des libertés pour englober la cherté de la vie ou encore la réforme constitutionnelle. De telle façon que l’AMDH devient à la fois une ONG alter-mondialiste et un parti révolutionnaire comportant sa propre avant-garde syndicale. C’est grosso modo le même scénario qu’Ila-alamam avait tenté d’appliquer à l’Union des étudiants du Maroc dont il s’était emparé en 1972.

En reparlant des événements de Sefrou, l’hebdomadaire Nichane de la semaine dernière a ce titre qui en dit long sur l’état d’esprit de certains milieux : «Regarde, écoute, le Makhzen ne fait plus peur!» C’est une façon de voir. Mais qui a la faiblesse de croire que la retenue du pouvoir face aux foyers de tension sociale exprime plus une fragilité du Makhzen plutôt qu’un choix démocratique qui répugne à la répression tous azimuts. Qu’importe si cette orientation a marqué le règne de Mohammed VI et s’est illustrée intellectuellement dans l’action de l’IER. La gauche marocaine, et notamment ses extrêmes, a toujours eu la fâcheuse tendance de croire que quand le pouvoir ne frappe pas durement, ce n’est pas parce qu’il ne le veut pas mais parce qu’il ne le peut pas. D’où sa propension à vouloir le mettre dos au mur. Grossière erreur bien sûr, comme pourrait être une erreur fatale la volonté de mettre en œuvre les stratégies et tactiques dites révolutionnaires des année soixante-dix : injecter la contestation sur les purulences sociales, attiser les foyers de tension, accroître les points d’affrontement et les développer de manière à les transformer en confrontations armées d’autant plus possibles aujourd’hui qu’au sein des coordinations pour la lutte contre la vie chère, les marxistes même s’ils s’en défendent, n’hésitent pas à recourir à des alliances paradoxales aussi bien que douteuses avec les islamistes.    

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