Un vendredi par moi

Homosexualité en sus d’un présumé mariage entre homosexuels. Il n’en faut pas plus pour chauffer les esprits et faire sortir les gens dans la rue. C’est Sodome à l’envers. Dans la cité sœur jumelle dans les mœurs et le destin de Gomorrhe, la population avait assiégé la maison de Lot pour récupérer deux hôtes masculins afin d’en faire ce qu’elle devait en faire. A Ksar El Kébir, ce fut pour lyncher l’homo. Avec un brin de sagesse, de part et d’autre, on aurait pu faire l’économie de ce spectacle désolant. La presse, une certaine presse au début, n’a pas été dans cette affaire le thermomètre qu’on aimerait casser pour ne pas constater l’hyperthermie, mais l’huile qui a attisé la fièvre. Si les ébats de Ksar El Kébir ont été généralement amoureux, les débats qui s’en sont suivis ont été plutôt haineux. Une orgie d’injures et de jugements à l’emporte-pièce. Un discours péremptoire d’une hypocrisie sans limite. L’intolérance revendiquée avec la fierté du coq dans sa basse-cour.  

Le site YouTube et ses malheurs, l’Internet et son revers de la médaille. On devra s’y faire dans l’attente d’une hypothétique régulation. D’ici là, homo ou hétéro en «effraction», pour vivre heureux il faut vivre caché. Pour l’avoir oublié, les supposés gays d’El Ksar sont en train de payer le prix fort. Sur l’autel d’une hypocrisie sociale qui veut oublier depuis des millions d’années que l’homosexualité est aussi vieille que l’existence. Dans la Grèce antique elle est un mode de vie qui tend vers la pédophilie et, paradoxalement, une initiation des jeunes à leurs futures charges d’hommes. D’où la fameuse expression, allez-vous faire voir chez les Grecs. A Rome, plus tard, elle est largement répandue mais glorifie l’actif et rabaisse le passif. Dans la sphère arabo-musulmane, c’est un secret de Polichinelle, on se retrouve en présence d’un alliage gréco-romain de ces pratiques. Le mythique poète Abou Nouasse qui fît le bonheur sans discrétion des arcanes abbassides, en est l’illustration la plus étincelante.

Visiblement, les comportements homosexuels ne font pas bon ménage avec les religions. Si, curieusement, le lesbianisme a moins retenu l’attention des religions et de la société, l’uranisme est un péché majeur pour la Bible et le Coran. Il a valu à Sodome et Gomorrhe l’horrible anéantissement par le feu «purificateur» que les deux cités ont connu à l’époque abrahamique. C’est par le feu également que des millénaires plus tard, des homophobes s’en prennent en 2004, en France, à Sébastien Nouchet à cause de son homosexualité. Il n’en reste pas moins que les punitions d’essence célestes ou terrestres n’ont pu, à défaut d’éradiquer l’homosexualité, que la culpabiliser. Est-ce tenant compte de cette réalité que l’Islam, à travers un Hadith, incite les gens «à faire dans la discrétion s’ils sont porteurs de vices» ? Est-ce une invitation à une forme de tolérance conditionnée à l’égard du «vice» ? Peut-être. Toujours est-il qu’il y a deux façons pour les sociétés de vivre leur part d’homosexualité : l’afficher, non sans difficultés ou la refouler, non sans psychopathies. Dans la première catégorie, on retrouve les pays économiquement développés, culturellement évolués et politiquement libérés. «Ces cités de la déchéance sont à la veille de leurs Sodome et Gomorrhe», répliqueront les homophobes toutes catégories confondues. Si ça peut les rassurer.

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