Un vendredi par moi

Meilleurs vœux. C’est ainsi, année après année, nous sentons le besoin de marquer le temps, invariablement selon  le calendrier de la culture dominant le monde. Un prétexte de dire à ceux que nous aimons, et même à ceux que nous détestons ou nous laissent indifférents, combien nous leur souhaitons tout ce qui peut leur faire plaisir. C’est-à-dire rien qui puissent nous coûter et  tout ce qu’ils désirent ardemment. Jusqu’à ce qu’ils s’en lassent pour passer à autre chose. La fin d’une année, le début d’une autre, jamais raccourci d’un millionième de seconde, entre minuit et la fraction qui suit, n’a été un aussi grand espace de lieux communs. Il vous suffit de relire les messages que vous envoyez et recevez. Souvent d’une banalité, avec mention pour ceux qui s’essayent à l’originalité. Comme par exemple celui qui vous souhaitera une année de bonheur, trois cent soixante cinq jours de son synonyme, leur équivalent converti en heures, puis en minutes et ensuite en secondes de santé et de prospérité. C’est gentil, mais bon…

Ce 2008, vous le soupçonnez, je me suis réveillé un brin morose. Je me dis que c’est l’ambiance générale. Ou seulement dans ma tête probablement gagnée par le doute. Le débat que je mène entre moi et moi-même oppose Marx à Berkeley. Les animaux n’ont rien à faire du calendrier, mais les humains ont besoin de repères. Là où les quatre pattes voguent au flair, les bipèdes ne se sentent sécurisés que s’ils ressentent autour d’eux  la chaleur d’une affection amicale, fut-elle hypocrite, ou encore s’ils  peuvent déterminer avec plus ou moins d’exactitude d’où ils viennent et où ils vont. La première démarche s’appelle rétrospective, la seconde prospective. On peut considérer, des Berkeleyens en herbe le font, que le passé se réduit à des souvenirs tandis que l’avenir se résumerait à l’incertitude. Le plus concret des moments serait alors l’instant. Et encore, car fugace. Il ne servirait en conséquence à rien de compter le temps qui passe ni de considérer celui qui reste.

Faux. Tenez, les travaux du tramway qui va désengorger Rabat ont commencé en 2007 et s’achèveront dans trois ou quatre ans. C’est le prolongement du passé, qui n’est pas un souvenir métaphysique, dans l’avenir en passant par le présent. C’est la continuité de l’œuvre dans le temps. Elle me rassure en même temps qu’elle me fait peur. Elle me rassure parce que les chantiers structurants que le Maroc a entamés ces dernières années commencent à être visibles. Bientôt ils donneront leurs fruits tant la dynamique de l’action pour le développement est palpable.  Mais cette continuité du passé dans l’avenir me fait peur aussi parce que les cours du pétrole, le prix du blé, le coût des matières premières qui ont flambé en 2007 ne semblent pas s’orienter vers une quelconque accalmie. Ce n’est guère bon pour le Maroc. Mais pas seulement le Maroc. Alors que le capital fictif généré par le crédit hypothécaire immobilier à risque menace  d’un crash financier les marchés,  la situation est telle que pendant que des pays, la majorité, se saignent à blanc pour boucler leurs budgets, régler leurs factures, subvenir à leurs besoins, d’autres, naturellement dotés en ressources, enregistrent des balances commerciales excédentaires au point de ne savoir quoi en faire (financer le développement, vivre convenablement et nourrir les fonds souverains destinés à leurs générations futures). A quoi bon si l’insécurité alimentaire et donc sociale des premiers menace de ventres affamés et de bombes humaines à satiété le confort des seconds. Bonne année tout de même.

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