Un vendredi par moi

Mustapha El Khalfi, directeur du quotidien Attajdid, proche du PJD, s’interroge sur «la fin du modèle marocain» qui aurait épuisé ses ressources. Il serait en quelque sorte en panne et déboucherait à terme sur la transformation de l’institution royale. Celle-ci, de «maître de l’ensemble de l’équation politique», passerait au statut «d’une simple partie prenante de l’équation en interaction avec ses autres composantes». De telle manière, selon l’auteur de l’article, que la monarchie verrait «ses fonctions d’arbitrage, d’orientation et d’encadrement régresser [mettant ainsi] fin au modèle marocain.» Naturellement, une telle affirmation méritait du journaliste du Mouvement de l’Unicité et de la Réforme de plus amples développements. Mais disons que pour l’instant, il fonde son point de vue sur deux observations : le retour de l’Etat à l’intervention, avec laquelle il aurait rompu, dans les affaires des partis et sa propension à l’intrusion dans l’économie privée. Deux modes d’emploi inspirent Mustapha El Khalfi : Celui, au plan économique, des Emirats Arabes Unis qui a une politique volontariste dans la modernisation et le développement de la société émiratie, et celui, au plan politique, de l’Egypte fondé sur «la philosophie du parti-Etat qui préside à l’opération de l’encadrement politique des centres urbains et des villages ruraux». Dans ce schéma, si j’ai bien compris, le Maroc se réduirait à une synthèse de la façon de faire égyptienne en politique et à celle émiratie en économie. Le pendant marocain de la première ne serait autre que le MTD de Fouad Ali El Himma tandis que le groupe immobilier Addoha symboliserait la seconde.

Un peu court le raisonnement, mais il conduit le directeur d’Attajdid à la fatalité de l’échec du modèle marocain. Un, parce que le modèle égyptien ne produirait qu’une stabilité pipée et précaire ; deux, parce que les Emirats possèdent des moyens que le Maroc n’a naturellement pas. Seulement ce raisonnement a l’inconvénient d’oublier que l’inspiration de la démarche marocaine qui a sa propre histoire dans la régulation de l’espace politique et de l’incitation économique, ne vient ni de l’un ni de l’autre de ces deux modèles. Pour le volet économique, il y a lieu de commencer par tordre le cou à un leurre. L’interventionnisme économique de l’Etat est une constante de la vie des pays. Seules son intensité et sa fréquence varient d’un Etat à l’autre selon le degré de développement de chacun. Je n’en veux pour exemple que la récente intervention de George Bush pour éviter à la citadelle du libéralisme, Wall Street, de tomber sous les assauts des subprimes. L’aurait-on oublié, mais c’est bien aux Etats-Unis  que le new deal a vu  jour. L’économie marocaine pour sa part n’est nullement le fruit de financiers audacieux et d’entrepreneurs téméraires. Le capital national est né au sein de l’Etat et a été couvé par lui. Il lui a fallu fermer les yeux sur bien des choses. Feu Hassan II s’en explique bien dans «Mémoire d’un Roi». Aujourd’hui encore, en raison des besoins du pays, il est, comme le logement, des politiques qui ne peuvent se concevoir qu’avec l’appui de l’Etat. Plaider pour des formes d’égalité des chances est une chose, condamner un volontarisme pensé sur la base de grands champions de l’économie pour lui servir de locomotive en est une autre. Reste l’interventionnisme dans le champ politique à des fins de réanimation. Il s’explique vraiment par les raisons auxquelles ne semble pas trop croire le directeur d’Attajdid. A savoir la carence des forces politiques qui n’est pas un écran de fumée mais une réalité malheureuse. Comme la nature a horreur du vide, laisser cet espace sans animation reviendrait à le livrer pieds et mains liés à toutes les aventures. Que mon ami El Khalfi ne se sente surtout pas obligé de suivre mon regard.  

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