Un vendredi par moi

L’affaire Belliraj, mais aussi la mascarade de l’histoire de Ksar El Kébir où on aurait célébré en public un mariage homosexuel, ont remis au (mauvais) goût du jour le débat entre ceux que les islamistes accusent « d’éradicateurs » et ceux que ces présumés éradicateurs taxent d’obscurantisme. Pour ces derniers, les islamistes n’ont qu’un objectif : ériger l’Etat islamiste avec tout ce qu’il peut contenir de rétrograde et d’atrocement répressif. Pour les islamistes, les éradicateurs se réduisent à un conglomérat de coteries à l’œuvre pour la déliquescence morale et civilisationnelle de la Nation. En somme, un dialogue de sourds aux allures d’une guerre civile verbale. Ce que la mouvance islamiste craint et dénonce c’est ce qu’elle appelle une invitation explicite faite au pouvoir de durcir son attitude à leur encontre en considérant «qu’il n’y a pas parmi les hérissons de lisse». Un aphorisme arabe qui entend expliquer qu’entre, par exemple un Azeddine El Othmani, secrétaire général du PJD, et les kamikazes qui se sont fait explosés le 16 mai 2003 à Casablanca il n’y a pas une différence de fond mais seulement de forme. Et de méthode pour atteindre l’objectif.

C’est sans doute exagéré. Il n’en demeure pas moins qu’il faudrait expliquer pourquoi dans leur réplique aux éradicateurs, les islamistes brandissent la menace d’une possible algérianisation du Maroc, une interminable guerre civile, si le pouvoir venait par inadvertance à entendre les sirènes du tout sécuritaire ? En tout cas, un éditorial intitulé «La fabrication de l’a-confiance et l’affaire Belliraj», publié à la Une de Attajdid du 10 mars 2008, agite l’épouvantail et cherche à faire peur. Bien sûr, le quotidien du Mouvement de l’Unicité et de la Réforme peut arguer que c’est juste une manière d’attirer l’attention sur le risque que ferait courir au pays le renoncement à une gestion souple de l’islamisme : laisser le champ libre à tous les va-t-en guerre de la mouvance. Reste que le sous-entendu est trop gros pour être innocent. D’autant plus que le discours du MUR et de son alter ego le PJD, n’est pas peu marqué par l’ambivalence. Un exemple, anodin mais significatif. Lors du meeting du PJD à Ksar El Kébir contre «la dégradation des valeurs morales», le maire islamiste de la ville pouvait affirmer que le choix de sa cité pour le lancement de cette campagne s’explique par les derniers évènements qu’elle a connus. Tandis que quelques instants plus tard le patron de son parti pouvait assurer le contraire. Dilemme. L’un des deux, acte blâmable par les religions, les lois positives et l’éthique, ne dit pas la vérité. Devinez lequel.

Il n’est pas répréhensible qu’un parti mène campagne pour la moralisation de la vie publique. Le Maroc a effectivement grand besoin d’assainir son administration, d’endiguer la corruption, d’en finir avec le népotisme, de promouvoir le sens de la citoyenneté…mais qu’une campagne s’emmêle les pieds au point de ne plus se focaliser que sur des choses qui appartiennent d’une manière ou d’une autre à la sphère des libertés individuelles en rapport avec des penchants de comportement personnels, il y a visiblement un problème, de nature pauvrement libidinale. Des militants du PJD sont en droit de s’offusquer qu’à chaque fois que les questions du terrorisme reviennent à la une, leur formation soit remise en cause. Mais comme en plus du hiatus entre la profession de foi démocratique et les comportements, le fil des enquêtes policières à ces occasions conduit assez souvent à la Jeunesse islamique, marque de fabrique dans la nébuleuse islamiste marocaine de leur parti, il y a comme un pêché originel contracté au sein d’une même matrice. Il brouille et continuera à brouiller les visions.

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