Un vendredi par moi

Les Arabes encore. Les Musulmans en général. Pour le boycott comme d’habitude. A côté de la plaque comme toujours. Qu’avons-nous boycotté ? Le Salon du livre de Paris, un rendez-vous hors pair, 48.000 mètres carrés de surface d’exposition, 1200 exposants, 3000 auteurs en dédicace, un débat grandeur nature, une couverture médiatique exceptionnelle ; bref, un gâchis sans égal pour nous. Nous l’avons boycotté parce qu’Israël, qui  fête le soixantième anniversaire de sa création, y était l’invité d’honneur. L’année dernière c’était l’Inde, c’est une tradition, chaque année il y a comme ça un Etat pour occuper le podium, cette fois-ci c’était l’Etat hébreu. La fin du monde ? Nullement, mais l’occasion  rêvée pour que tout ce que ce monde compte de pro-sionistes de nous montrer du doigt. Nous voilà mis à l’index comme des «autodafeurs» de la culture. La presse du monde, à l’exception de l’arabe et de la musulmane, qui nous rappelle perfidement que la plupart des écrivains israéliens présents sont des militants de la Paix maintenant, des amis, ou des moindres ennemis, de la cause palestinienne. Une belle opportunité aussi de dire que les intellectuels arabes, musulmans en général, ne savent pas se départir de leur Etat, ne font preuve, condition sine qua non à l’intellectualisme, d’aucune indépendance de l’esprit, d’aucune marge de manœuvre ni de liberté. Auteurs arabes et gouvernements autocrates, écrivains musulmans et régimes théocrates, une même marmelade. Indissociable. Et Shimon Peres, président d’Israël, du haut de son prix Nobel de la paix usurpé, qui se pavane dans les allées du salon, seul, sans contradicteurs. Bravo les artistes.
Nous avons brillé par notre absence. Notre absence a rendu leur présence encore plus brillante. Ironie du sort, nous voici réduits à l’état de marqueurs fluorescents. Quelle gloire ! Israël invité d’honneur du salon, et alors ? Cela fait soixante ans qu’il campe au milieu du Moyen-Orient, devrions-nous déserter le Moyen-Orient ? Tous les jours que fait Dieu, nous ne sommes pas très loin des Israéliens à l’ONU. C’est là où se trouve l’ennemi qu’il faut se retrouver. Pour montrer à la face du monde ses crimes à Ghaza, mettre les convictions intellectuelles de ses auteurs en contradiction avec la réalité de l’oppressé devenu oppresseur, souligner l’abomination du mur qui protège le ghetto Israël, l’atrocité des bombardements, l’assassinat des enfants chaque jour. En lieu et place, nous avons gardé le lit douillet de nos certitudes, dormi sur les faux lauriers de nos croyances confortables. Le pire, c’est que nous sommes convaincus que nous avons fait ce qu’il fallait. En attendant, l’Etat hébreu est toujours en place, la répression des Palestiniens se poursuit et n’est pas prête de se terminer, Jérusalem est encore «capitale éternelle» d’Israël, Tel-Aviv continue à nous tenir en respect avec ses chasseurs et bombardiers. Fort heureusement, il y avait là-bas quelqu’un pour dire à notre place que les Juifs ont transféré la haine de l’Allemand sur l’Arabe. C’était un Juif, Abraham Burg, ancien président du Parlement israélien, et à ses côtés un autre Israélien, Saul Friedländer, un historien qui croit, l’un des rares, que Hitler n’avait pas avant 1941 de plan prédéterminé pour exterminer les Juifs. Et un Arabe, chrétien, Elias Sanbar, ambassadeur de Palestine à l’UNESCO, pour acquiescer. 

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