Un vendredi par moi

Cinq siècles plus tard, Isabella la catholique, sans vraiment le vouloir lui injecta du nouveau sang en persécutant les Maures de l’Andalousie arabe. Au gré des ères, Fès est tour à tour, quand ce n’est pas en même temps, capitale politique, économique et spirituelle. Elle est à la fois le témoin de la gloire de l’Islam et la marque de sa décadence, le reflet de sa lumière et l’expression de sa plongée dans la longue nuit. Ses venelles racontent sa grandeur mais aussi comment se véhicule vers l’Europe de la pensée aristotélicienne à la base de la première renaissance occidentale grâce, entre autres, à Ibn Rushd, l’Islam s’est refermé sur lui-même comme une huître apeurée. C’est probablement avec la condamnation de ce dernier à l’exil et au silence que le temps a suspendu son vol sur les grandes cités musulmanes dont Fès fut un fleuron. De son grand sommeil à peine commence-t-elle à émerger, la bouche encore pâteuse. L’UNESCO essaya bien de l’aider à sortir de sa léthargie en la déclarant en 1981 patrimoine universel, mais visiblement ses dédales persistent à vivre au rythme des ruades des ânes et des piétinements des mulets. Au point d’en désespérer Hassan II. Je raconte de mémoire. Au début des années quatre-vingt-dix, le défunt Roi, excédé, aurait lancé à une délégation de ses habitants: «depuis mon avènement, la moitié de mes gouvernements était composée de Fassis ; qu’ont-ils fait pour leur ville ?». Il la quitta aussitôt pour Marrakech, mais ni la colère royale ni l’appel de Moulay Ahmed Alaoui, ministre d’Etat et patron du Matin, «Fassis aidez-vous le ciel vous aidera», n’y changeront  grand-chose. Dès lors une question s’impose : Fès est-elle encore fassie ? L’interrogation revient à dire, mais qui sont les Casablancais ? En d’autres termes, le lieu de naissance a-t-il encore un sens, le port d’un nom une signification ; ou la patrie est-elle ailleurs, du côté de la poche? Ne cédons pas aux clichés et ne fâchons surtout personne : Fès, advienne que pourra, restera Fès ; de la même manière que ni la modernité ni son contraire n’altèreront la magie de Marrakech. Il y a comme ça des cités éternelles, gardiennes de l’immuable.

Hamid Chabat. Un maire sans éclat, comme l’avait avancé une fois Telquel ? Un peu rapide. Originaire de Taza, c’est un maire atypique et paradoxal, l’illustration des transformations sociodémographiques qu’a connues Fès. De l’aplomb à revendre, aux frontières de l’effronterie. Une grosse gueule, comme on dit communément. Corpulence de docker baroudeur, il a l’entregent des fonceurs et «défonceur».  Il peut faire preuve, selon les circonstances, d’une urbanité aux accents fassis ou d’une goujaterie toute syndicale. C’est d’ailleurs dans «la défense de la classe ouvrière» qu’il a  aiguisé ses armes. Dans ce milieu où il faut autant de muscles que de cervelle il a appris la nécessité du stratégique et le sens du tactique. Tout en dentelle : prise de la municipalité de Zouagha avant de partir à l’assaut de «la citadelle idrisside.» Avec succès. Fès, pendant longtemps délaissée, a beaucoup changé, s’embellit et s’apprête à prendre la place qui est la sienne dans le tissu urbain national. Chabat ne laisse pas indifférent. On lui compte autant d’amis que de détracteurs. Et si il est l’une des rares têtes de liste à avoir fait élire son second aux législatives de septembre 2007, ce n’est certainement pas le fruit du hasard. D’autant plus que c’était devant un ogre de l’islamisme, Lahcen Daoudi du PJD en personne. Mardi dernier, invité de Hiwar (Al-oula), il a été tel qu’en lui-même ; un peu de langue de bois quand il s’est agi de l’Istiqlal et beaucoup de rire et de joie pour le reste.

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