Un vendredi par moi

C’est une façon de voir particulière à une fille qui, au moment où son général de père, du haut de son hélicoptère, canardait à la mitraillette écoliers et lycéens de Casablanca (mars 1965), n’avait que deux ans. Son livre est le dernier, il faut espérer aussi l’ultime, de la psychothérapie littéraire de la famille du général. Mais ce que la fille du général doit savoir c’est que pas plus que la félonie de leur père ne saurait justifier la cruauté de leur sort, leurs souffrances ne sauraient racheter les crimes de leur père. Je ne suis pas de ceux qui croient que le protectorat ne nous a fait que du mal. Mais quelles qu’aient été atroces les épreuves de la famille Oufkir, quelle que soit grande notre compassion, le général restera dans notre  mémoire comme le planton du résident général de l’occupation, le collabo de l’armée coloniale et le félon du Roi qui lui a remis, à l’indépendance, les pieds à l’étrier. En un mot, le cauchemar d’une période de notre vie.

Dans «Un vendredi par moi» (ALM du 4 avril), j’ai eu à dire ce que m’inspirait l’agitation occidentale autour de la flamme olympique : Un concert de schizophrénie. Economiquement, tout ce que l’Occident compte de capitales importantes joue en chœur un récital de violon sous le balcon de la Chine. Politiquement, une cacophonie de fausses notes. «Pour la liberté du Tibet», veut-on nous faire croire. Fort heureusement, des voix plus en accords avec les faits s’élèvent pour dire certaines vérités. Jean-Luc Mélenchon, sénateur français, dirigeant socialiste et ancien ministre de Jospin, en est. Que dit-il ?
1) Si on ne voulait pas que les jeux y aient lieu, il ne fallait pas permettre à la Chine d’être candidat ; une fois candidate, il ne fallait pas accepter que se soit Pékin et ne pas transformer cela en un traquenard pour les Chinois.  2) le Tibet ? Il demande qu’on y regarde à deux fois. C’est incroyable de voir des Français, prêts à se disputer  entre eux sur la séparation des églises et de l’Etat, trouver normal qu’une religion se transforme en Etat au Tibet. Les droits sont universels et on ne peut s’en réclamer pour que l’instant d’après trouver ordinaire la théocratie au Tibet. 3) La Chine a envahi le Tibet.  Faux. L’intervention de l’armée chinoise en 1959 consistait à contraindre les seigneurs féodaux  tibétains à l’abolition du servage. 4) Il n’y a pas un pays qui reconnaît le Tibet. 5) Dans ce genre de situation [l’agitation autour des jeux], on sait comment ça se passe. Ce n’est pas une affaire seulement d’ONG, mais  il y va des intérêts de la stabilité du droit international.  C’est jouer aux faux naïfs que de  croire que toute cette agitation se produit sans qu’il y ait à l’arrière-plan des enjeux géopolitiques et géostratégiques ainsi des gens qui se font manipuler. 6) Reporters Sans Frontières, [fer de lance de l’agitation], est une organisation très engagée idéologiquement. Les trois-quarts du temps, elle fonctionne aux alentours des cibles que désignent les néo-conservateurs américains. De même pour Robert Ménard, [son secrétaire général], qui n’est pas quelqu’un de neutre. S’il défend les droits de l’Homme, il les défend  dans certains cas et pas dans d’autres. On ne l’a jamais vu, par exemple, protester conter la légalisation de la torture aux USA ou contre les conditions de détention, sans défense, à Guantanamo. 7) Si on voulait protester pourquoi ne pas le faire  devant le siège d’Airbus ou d’Areva qui ont passé des accords avec la Chine ? A bon entendeur…    

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