Un vendredi par moi

Il apparaît désormais comme une clause de style lassante, une ponctuation malheureuse du cours des choses, l’expression d’un mal-être visiblement incurable et la ritournelle d’un psaume pénitential qui épousent les formes d’un terrorisme intellectuel de plus en plus insupportable. En revanche, la manière dont une presse occidentale charognarde a choisi de snober l’événement vaut le détour. Mawâzine, pour sa septième édition, a fait le «choix d’introduire la fête dans tous les quartiers de la capitale. Chaque scène a répondu à une cohérence qui tient compte des publics ciblés et des styles musicaux programmés. Pour que les rythmes du Monde s’élèvent dans tous les quartiers importants de Rabat». Pendant neuf jours, la rive gauche du Bouregreg a chanté l’hymne de la vie, la joie de vivre, la soif de liberté, l’intense désir de copuler avec le bonheur, le temps d’une chanson, l’instant d’une danse. Un soir, deux soirs, trois soirs… le soleil s’est levé la nuit pour se coucher le jour. Cent concerts, quarante nations, neuf scènes, des stars de tout horizon, des genres musicaux pour satisfaire l’éclectisme des goûts et surtout des jeunes et des moins jeunes par dizaines de milliers dans la rue. Nancy Ajram, pour les amateurs du genre, Whitney Huston pour les autres ou encore Kassav, Amr Diab et autres Assala. Pour cette élite du rythme, chaque soir au coucher de la lune, au réveil des sens, les forces de l’ordre avaient à gérer soixante mille à cent mille personnes dans l’arène et autour des scènes. Pendant la période qu’a duré le festival, il y a eu dans les rues, selon les estimations de la DGSN, huit cent mille à un million de spectateurs pour l’essentiel des jeunes. Et pas un accroc, ou presque. Une telle fête valait largement et fréquemment la Une de la presse écrite et audiovisuelle de nos amis arabes, Al-Jazeera par exemple, espagnols avec leur multitude de chaînes ou encore français, américains et allemands… Imagine-t-on la cohorte d’envoyés spéciaux que ces médias auraient dépêchés, la série de reportages qui nous auraient été consacrés si, en lieu et place de la fête, trois mille poilus, trois cents mal-tondus et dix voilées avaient occupé la rue, cassé peut-être un pare-brise et crevé un pneu. Et la presse algérienne, surtout algérienne qui se serait donnée à cœur joie nous annonçant le début, chez nous, du remake du drame algérien dans une cascade d’articles où essaiment les vertes et les plus vertes que les pas mûres du tout.

L’Algérie. Ça n’en finit pas. Il y eut, lors du match qualificatif entre les deux pays, l’épisode de la coupure de l’hymne national qui se termine par Allah, Al-Watane, Al-Malik. Le pouvoir algérien n’aime pas notre patrie, on le sait ; il ne porte pas non plus nos rois dans son cœur, on est au courant ; mais Dieu ? Il y eut ensuite le match de Sétif contre le WAC et se fut encore un déversement de haine. Un ami s’étonne de tant d’hostilité et ne comprend pas que toutes les occasions soient bonnes pour l’expression d’une telle violence. Je le rassure, ça n’a rien de personnel. L’Algérie n’a pas su et n’a pas pu s’épargner sa violence à son propre peuple. Alors s’il ne s’agit que de voisins, même si de surcroît ils sont supposés être des frères.

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