Un vendredi par moi

Distinguer le bon du mauvais, le gentil du méchant n’est pas l’exclusivité des islamistes qui ont la fâcheuse tendance à décréter le bien et le mal. Fouad Ali El  Himma s’y est également essayé et plutôt malicieusement en mettant à l’index le tonitruant PJD Mustapha Ramid. Infréquentable. En revanche, d’autres, à l’image de Abdelaziz Rebbah, le sont moins. La figure de proue du MTD cherche à cantonner la virulence de l’extrémisme en la coupant de ses racines. Du coup, Ramid sort de ses «gants» pour frapper à mains nues. A son tour, il montre El Himma du doigt : il aurait incité les islamistes à manifester contre le Journal hebdomadaire qui s’était fait l’écho des caricatures de Sidna Mohammed. Vrai, faux, allez savoir. Mais cette histoire est édifiante. Supposons un instant qu’au détour d’une coulisse, Fouad Ali El Himma lui ait lancé sur le ton de la boutade : «vous devriez manifester contre le Journal», pourquoi, l’événement s’étant déroulé en octobre 2005,  Ramid a gardé un si long silence ? Bien mieux, dès lors que la défense de l’Envoyé de Dieu pourrait faire plaisir au Makhzen, le Prophète ne vaudrait-il plus pour l’islamiste une messe ?

La controverse a engendré un débat collatéral dont les causes remontent aux législatives de 2002. Deux versions sont en compétition. Celle qui veut que le PJD avait limité délibérément ses prétentions. En ne se présentant pas dans l’ensemble des circonscriptions électorales,  il rassurait le pouvoir, ou, plus vraisemblablement, il évitait la dispersion de ses forces, concentrant mieux ses efforts sur les circonscriptions qu’il avait le plus de chances de remporter. La seconde rapporte que c’est plutôt le ministère de l’Intérieur qui aurait contraint les islamistes à restreindre leurs ambitions et que ceux-ci, bien dociles, avaient obtempéré. Vrai, faux, encore une fois, allez savoir. Mais si l’on compare  leurs résultats aux  législatives de 2002 et 2007, on voit mal comment ils ont fait pour réaliser autant avec plus. En 2007, alors qu’ils se sont présentés partout avec le vent en poupe, ils ont obtenu pratiquement le même score, et presque dans les mêmes circonscriptions qu’en 2002 cependant que leur enracinement dans l’opposition n’avait fait que se consolider. La réalité est plus subtile. Malgré des résultats dérisoires, le PJD a en fait progressé.  Explication : les députations de 2002 ont été obtenues, du moins en partie, avec les voix des frères d’Al-Adl Wal Ihssan.  Celles de 2007 avec un vote de défiance explicite des sympathisants de A. Yassin. Entre les deux, le PJD a bien engrangé quelques voix propres. Néanmoins, reste-t-il otage des Yassinistes?  Les amis de Saâd Eddine El Othmani  semblent le comprendre ainsi et une amorce d’examen de «la faible coordination entre les composantes de la mouvance islamiste» a bien eu lieu. Y précisant que dans le contexte des élections marocaines «la neutralité était inconcevable et servait les intérêts de l’adversaire commun», Attajdid du 07/4/08 regrette que «Al-Adl Wal Ihssan, qui a une grande capacité de mobilisation, [ait] opté pour la neutralité négative.» Hélas, la courbette ne s’est pas vu rendre la politesse. 

Mustapha Ramid est-il pour que l’on coupe la main au voleur ? C’est lui-même qui lève toute ambiguïté. Oui, sans l’ombre d’une hésitation, «dans un contexte islamique dans ce sens où c’est un système politique, économique et social, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui du Maroc.» En clair tant qu’il n’a pas dans sa main le glaive et sa disposition le bourreau, Ramid fait contre mauvaise fortune bon cœur à l’égard des apostats que nous sommes, mais le jour où il appliquera au Maroc sa vision du monde et y détiendra les brides du pouvoir, ce sera une autre paire de manchots.

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