Un vendredi par moi

Six détenus, présumés complices de Belliraj, ont adressé une lettre au président Barack Obama. Vu leur situation, il m’est difficile de discuter certains aspects discutables de leur sortie épistolaire. Mais c’est un rien crâneur de considérer que du fond d’une cellule, il y a des chances d’influer sur les choix stratégiques de l’homme «le plus puissant du monde». Reste qu’en termes de communication, la partie est dans la poche. C’est bien une bonne façon d’attirer l’attention. En réalité, cette propension à vouloir opposer Obama à Bush, comme s’il devait y avoir de profonds antagonismes entre démocrates et républicains américains, exprime toute l’ambiguïté des rapports que certains islamistes, dits modérés, entretiennent avec les Etats-Unis. Une sorte d’amour-haine qui les contraint à un grand écart intenable. Tout dans leurs positions éditoriales, de Hamas en Palestine à Kaboul en Afghanistan, les met en porte-à-faux avec Washington, mais régulièrement ils invitent les Etats-Unis à ne pas confondre les torchons et les serviettes, les durs et les modérés. L’exemple le plus récent de ce funambulisme, on le croise dans Attajdid de cette semaine. Pendant que le lendemain un chroniqueur, en rapport avec l’acte du journaliste irakien contre Bush, rendait les honneurs «au soulier qui agit à la place de toute une nation», la veille, un autre éditorialiste contait fleurette à la Maison-Blanche repeinte en brun foncé. Il y fait ouvertement du pied à Obama en le rassurant sur les islamistes gentils par opposition à ceux méchants. En plus clair, c’est la sollicitation d’un coup de pouce pour accéder au gouvernement. Autant vous avouer, pour moi qui croyait que les islamistes n’avaient besoin que du suffrage des Marocains, cet appel à une puissance étrangère me glace le sang.

Alors que les subprimes préparaient l’éclatement de la bulle financière, un trader français qui a fait perdre à sa banque quelque cinq milliards d’euros, faisait diversion. Ce n’était en fait que la bande annonce de l’horreur économique à venir. Sans que beaucoup parmi les plus avisés ne comprennent rien à quoi que ce soit, les Bourses se sont affolées, les grandes banques se sont mises à déposer leurs bilans et comme on ne prête qu’aux riches, les Etats ont volé à leur secours. Des caisses que l’on disait vides on a commencé à sortir des brassées de milliards qui, semble-t-il, n’existent pas, une monnaie de singe pour sauver une économie virtuelle. Des banques en ont profité pour offrir à leurs cadres un week-end de relaxation bien réel, mais on ne savait pas encore qu’un certain Bernard Madoff, ancien président du Nasdaq, dormant sur les lauriers d’un capitalisme sans rival, réalisait depuis des lustres l’escroquerie du siècle. Pour un coût de 50 milliards de dollars, on découvre fou un capitalisme qu’on savait déjà sauvage. Malgré tout, on se refuse à l’interner. Il paraît qu’il a encore de beaux restes et de beaux jours devant lui.

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