Un vendredi par moi

Trois morts dans cette nano-guerre civile qui a opposé camionneurs grévistes et transporteurs non grévistes. Trop peu pour émouvoir des chauffards qui jouent chaque jour sur nos routes à la faucheuse. Tuer, ils en ont l’habitude et veulent continuer à le faire en toute impunité. C’est leur façon  de contribuer au fléchissement tant souhaité de nos courbes démographiques. On devrait les en remercier avec les honneurs de la patrie reconnaissante. Humour noir et de mauvais goût à part, j’écris ces mots avec la nausée au cœur. Parce qu’une minorité, forte de ses poids lourds, prend en otage l’ensemble des citoyens et entend faire de nos routes une zone de non-droit pour ses blindés.

Plus écœurant encore. Des syndicats aux obédiences politiques claires, certains dans l’opposition, notamment celui intimement lié aux islamistes du PJD, d’autres dans la majorité à l’instar de la FDT, jouent, avec le soutien plus ou moins prononcé  de leurs partis à la radicalisation d’un mouvement qui sur toute la ligne, de Tanger à Lagouira, a tort. Qui peut assurer que les camionneurs ne sont pas en viol perpétuel du Code de la route ? Qui peut avancer qu’ils ne sont pas une constante source de danger pour les autres ? Qui peut dire que par l’irrespect des normes, ils constituent une cause majeure de la pollution de nos artères ? Qui peut soutenir que par leur action ils ne veulent que perpétuer l’incivisme et alimenter les réseaux de la corruption ? Comme programme électoral cela ne va pas chercher loin. Alors que tout concourt pour que la remise de l’ordre dans ce secteur soit une cause d’unité sacrée qui ne supporte aucune faille, certains la jouent politique politicienne pas plus loin que le bout de leur élection, histoire de malmener le gouvernement.

L’intérêt de la Nation ? Il ne vaut pas une messe et on a jeté sur lui un voile de vicieuse pudeur qui devrait, si la Terre tournait rond, mettre définitivement à nu tous ceux qui ont fait de l’ordre moral, par paresse et inanité, un programme politique. La configuration dans laquelle nous sommes ainsi est d’une absurdité sidérante et autant alarmante : il suffit que les trois cents à quatre cents camionneurs qui assurent le transport des hydrocarbures cessent le travail pour que le pays en moins d’une semaine soit paralysé. Il y a une vingtaine d’années, les Etats-Unis, pour en finir, avaient fait substituer des éléments de l’armée américaine aux aiguilleurs du ciel pour les guérir de leur grèvite aiguë. Ici aussi, il est temps qu’on y songe et surtout qu’on s’y prépare avant que toutes les subversions ne trouvent dans ce bourbier un marécage de pêche miraculeuse pour leurs causes perdues.

Il l’a osé Bouteflika. Un score tiers-mondiste, un taux de participation auquel nul ne croit, assorti d’un plébiscite à plus de 90% des voix. On savait qu’avec l’amendement de la Constitution, il allait droit à la réélection pour un troisième mandat. Mais là, franchement, il a battu tous les records de nos espoirs. Si j’en crois des études et des enquêtes, l’Algérie, les Algériens surtout, le Maghreb accessoirement, ne se portent guère mieux à la fin de son deuxième mandat qu’au début de son premier. La question qu’induit cet état des choses coule de source : pourra-t-il réussir en cinq ans ce qu’il n’a pas pu en dix ans. Bouteflika en rebelote en Algérie, c’est qu’il n’y a rien de nouveau à l’Est. On a l’habitude.

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