Un vendredi par moi

Superstar à défaut d’être superman, c’est le président iranien à Durban II qui s’est tenu en Suisse dans l’enceinte de l’ONU du 20 au 24 avril pour, en fait, définir le racisme et en dénoncer les pratiques. Déjà Durban I, réuni en Afrique du Sud en septembre 2001, s’était terminé en queue de poisson. Celui de Genève a commencé comme une foire d’empoigne et se terminera sans doute aucun comme il a débuté. Cinq mots ont mis le feu aux poudres : Israël est un Etat raciste. Plusieurs pays, dont les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, qui s’attendaient à cette sortie de Mahmoud Ahmedinejad, n’ont pas pointé à la conférence. D’autres, un brin masochistes semble-t-il, se sont offert le plaisir de se l’entendre dire pour quitter la salle sur fond de «choc des civilisations» : La perception musulmane contre l’acception occidentale du racisme. En fait, le problème est beaucoup plus complexe, mais c’est à cela que les médias occidentaux le réduisent.

Comme il n’est pas totalement idiot, Mahmoud Ahmedinejad, en permanence tout sourire comme s’il y avait constamment devant lui une muse pour l’inciter à figer ses lèvres dans un perpétuel « cheeeeese », savait d’avance l’effet qu’il allait produire et les conséquences qui en découleraient. Israël est un Etat raciste, cela va sans dire, mais lui a estimé que ça va mieux en le disant. C’est fait, saluons l’artiste qui nous a défoulés et ses propos qui ont été pour nous d’un exutoire… Oui, encore une fois, Israël est un Etat raciste ne serait-ce que parce que, sans parler de la notion de «peuple élu», son gouvernement comporte un énergumène d’extrême droite comme Avigdor Liberman, ce Moldave devenu chef de file des exogènes qui ont mué en racistes xénophobes au sein du parti Israël Beitenou. Maintenant que c’est dit et redit, reste la question qui compte : qu’en a gagné la lutte contre le racisme ? Rien sinon qu’Israël, du banc des accusés est passé, avec tous ceux qui ne veulent pas ouvrir les yeux sur ses crimes, au rang des accusateurs. Haro sur les musulmans, tous les musulmans, dont la fixation, nous dit-on maintenant, serait plutôt la consécration des lignes rouges de la religion : caricature pas mon Prophète et touche pas à mes femmes !

Grand mensonge, énorme supercherie car  la déclaration de la conférence adoptée avant même l’ouverture de la rencontre par le comité préparatoire ne faisait plus  référence  à Israël ni à la diffamation des religions, deux «lignes rouges», elles, pour les pays occidentaux, tandis que le paragraphe sur la mémoire de l’holocauste était maintenu contre l’avis de Téhéran. Non seulement l’Occident a suspendu le match avant même d’avoir commencé mais il avait remporté la victoire sans jouer. Dans ce tour de passe-passe, Ahmedinejad et son discours n’ont été que l’agent (non) comptable de ses actes qui a procédé à un jeu d’écriture sans incidences sur Israël dont le compte débiteur regorge vainement de condamnations onusiennes. Il a cependant réussi à escamoter le débat sur la discrimination raciale. Le racisme qui est, comme chacun sait, l’apanage de ceux qui s’estiment supérieurs, les Européens et les Américains veulent le zapper. Pour une raison toute simple. C’est en leur terre d’abord qu’en souffrent  les Noirs, les Arabes, les Asiatiques et les Latinos. Ce zappe, c’est le service que leur a rendu le président iranien. Autrement, pourquoi Washington aurait-elle boycotté  des propos avant même qu’ils n’aient été  formulés par Ahmedinejad et à la fois maintenir la volonté de dialogue avec l’Iran après qu’il les ait prononcés ?  

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