Un vendredi par moi

Parmi ceux qui ont lu le discours du président américain au Caire, certains, comme moi, ont dû être surpris au détour d’un paragraphe par une expression : E pluribus unum. Recherche faite, il s’agit de la devise qui apparaît sur le grand sceau des États-Unis d’Amérique. On la retrouve également sur les sceaux du président, du vice-président, du Congrès et de la Cour suprême, de même qu’elle figure sur les documents officiels. E pluribus unum signifie «Un à partir de plusieurs» ou «De plusieurs, un». C’est son esprit et sa lettre qui ont présidé à l’unification des colonies américaines en un seul pays, les Etats-Unis, et renvoient également aujourd’hui à la pluralité de la société américaine. Son instillation dans le discours ressembl,e à mon sens, à une sollicitation plutôt de l’opinion publique de son pays, l’invitant à appliquer ce principe au reste du monde. La volonté de la Maison-Blanche est ainsi clairement exprimée sur le ton messianique de l’homme qui veut affranchir l’humanité des injustices et des stéréotypes : de la même manière que les Américains, qui n’ont pas de doutes sur leurs valeurs intrinsèques, les Musulmans sont foncièrement bons. C’est une bonne nouvelle.
Le charisme de Barack Hussein Obama n’est plus à démontrer. L’intelligence des situations, l’habilité pour le mot qui touche, le don pour la phrase qui fait fondre ajoutent naturellement à la grâce qui l’auréole. A peine trente secondes se sont-elles écoulées sur son discours qu’il a droit à un tonnerre d’applaudissements. Les murs de l’université du Caire en vibrent encore. Qu’a-t-il dit ? «Assalaammou Aleikoum». Obama savoure visiblement l’instant mais je ne sais pas s’il a mérité cette ovation pour avoir salué son auditoire dans la langue du Saint Coran ou parce que c’est précisément la paix que cette région attend depuis des lustres. Probablement les deux, mais j’ai des doutes. L’actuel président comme son prédécesseur est un homme de foi. Pour la bonne, on verra plus tard. Comme George Bush, son ton et son discours empruntent beaucoup à la religion. Avec une différence tout de même, de taille : la religion de Bush excluait, celle d’Obama inclue. Le président américain est guidé par un souci majeur, extraire la violence islamiste de sa «souche» musulmane, car il n’est pas loin de considérer que nos sociétés, malgré elles, sont pour l’islamisme ce que l’eau est pour le poisson.
Résumons le discours d’Obama dans la langue de la Sainte Bible. «Aimons-nous les uns les autres !», a-t-il clamé en substance. En bon chrétien qui a des origines musulmanes, il sait que le mensonge est péché et prêche pour la sincérité des mots si bien que quand il s’apprête à mentir, il dit la vérité. Admirez cette phrase : il se «propose de dire la vérité du mieux [qu’il] peut.» Il ne pouvait mieux dire. Obama doit s’en foutre comme de sa première chemise, mais n’allez pas croire que je suis insensible à son charme, j’en suis subjugué. A moins que je me trompe, jamais un responsable américain, à quelque niveau que ce soit, n’a été en public aussi direct et aussi dur avec Israël, qu’il s’agisse de la situation faite aux populations de Gaza et de Cisjordanie, intolérable, ou des colonies juives, à démonter, et de l’Etat palestinien, à construire. Au-delà du texte, les mots ont besoin de démonstration mais rien que pour les avoir proférés je tremble pour lui. Sur les autres dossiers, l’Iran, l’Afghanistan ou encore le Pakistan, sachant que l’objectif américain de destruction de l’Irak a été atteint et que les remords sont pure perte, on retrouve l’Amérique, toute l’Amérique, rien que l’Amérique. La morgue en moins. Ce qui est déjà beaucoup.

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