Un vendredi par moi

Enlèvements et prises d’otages par-ci, achats des voix pour le contrôle des communes par-là, interventions des forces de l’ordre ailleurs, échauffourées entre élus un peu partout. Au vu des titres des journaux nationaux, celui qui ne connaît pas le Maroc s’imaginerait facilement dans une arène où les hommes à terre sont plus nombreux que ceux qui sont encore debout. Mais que se passe-t-il donc au Maroc ? Et ben rien justement. De la routine et du déjà-vu. Un mélange de foire d’empoigne et de fête foraine quinquennale sur fond d’enchères électorales. Un vrai bazar. En fait, une sorte d’auberge espagnole où par définition on ne retrouve que ce qu’on a soi-même apporté. La récurrence en somme d’une réalité sociologique qui n’a pas encore réussi sa mue. On en a de la peine, mais le plus souvent on en rit. La galerie s’amuse. Au début, par un réflexe quasi pavlovien s’est esquissée une forme de sainte alliance contre le PAM. Tout sauf les amis de Fouad Ali El Himma. Les hurlements au loup des défaits sont d’autant plus forts qu’ils ont eu le tort de crier victoire trop tôt. C’était oublier que dans une carte électorale où être premier dans une ville n’a aucun sens sinon l’obligation de passer par des coalitions à quatre, à cinq ou à six, tout est possible sauf la pérennité des ententes. Progressivement, tous les conglomérats se sont mis à s’effriter. Des alliances improbables dans une commune deviennent tout à fait concevables ailleurs. Exemple édifiant : à Fès, deux forces en principe centrifuges, le PAM et le PJD, se retrouvent dans un même front. Sous d’autres cieux moins cléments, ils sont à couteaux tirés. Autre exemple, paradoxal celui-ci, le flirt contre nature entre les socialistes de l’USFP et les islamistes de Benkirane. L’analyse demande à être affinée, mais il me semble que c’est le PJD qui a phagocyté l’électorat des amis de Abdelouahed  Radi. Les voix urbaines et de la classe moyenne qui se reconnaissaient dans l’USFP contestataire de l’avant alternance s’identifient plus aujourd’hui au PJD. L’USFP masochiste ? Certainement pas, mais ce qui se déroule pendant les élections des bureaux des communes vient confirmer une tendance qui a émergé avec les dernières Communales : les alliances politiques au Maroc ne portent plus aucune marque de clivage idéologique ou politique.
Abdelilah Benkirane, égal à lui-même. Justifiant l’insuffisante couverture territoriale des circonscriptions, le secrétaire général du PJD l’a imputée à la volonté de son parti de n’investir que ceux qui réunissent les critères de probité et d’intégrité requis. Ce qui certainement l’honore. Malheureusement, cette déclaration couvre une monstruosité. L’assiette électorale de son parti tourne actuellement autour de cinq cent mille électeurs. Plus que dramatique, il est désespérant qu’il n’ait pas pu repêcher parmi eux vingt-sept mille Marocains dignes de sa confiance.
D’un islamisme l’autre. Je n’ai jamais cru que l’Iran était une démocratie. Sa wilayate alfaquih qui fait de l’ayatollah désigné, Ali Khamenei en l’occurrence, un guide divin des Iraniens a toujours dit tout le contraire et réduit les élections à un choix entre bonnet vert et vert bonnet. Je ne me poserai donc pas beaucoup de questions sur la falsification des élections ni sur les compétences d’un président de la République, simple intendant et dérisoire façade d’une théocratie arrogante et sans merci. Mais voici la révolution iranienne à visage découvert, une révolution qui comme l’horreur est humaine. A l’image de toutes les autres révolutions de l’histoire de l’humanité, elle arrive sur les épaules des manifestants et survit en leur marchant sur le corps. Le modèle iranien, il n’a jamais existé et si certains y ont cru, les  images qui ont réussi à briser le huis clos de la répression l’ont ébranlé pour toujours.

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