Un vendredi par moi

Mohamed Darif, enseignant-chercheur qui s’est spécialisé dans l’Islam politique, me pose continuellement problème. C’est en général un bon connaisseur de la mouvance, mais avec lui je ne sais jamais exactement si j’ai affaire à un islamologue ou à un islamiste tant ses analyses sont entachées de parti pris qui ne sont pas sans nuire à la rigueur et à l’objectivité de son travail. Dommage. Prospectant les incidences des Communales du 12 juin sur les législatives de 2012, Mohamed Darif conclut hâtivement que ce sera «une lutte entre le courant de la défense de la démocratie et celui de la perversion de la vie politique.» C’est possible, mais comment pourrait-il, en ne prenant que les huit partis arrivés en tête, différencier les courants et ranger sans équivoque les démocrates d’un côté et leur négation de l’autre. Quand on voit la brocante qu’ont été les élections des bureaux communaux et le bric-à-brac que vont être les élections professionnelles et plus tard le renouvellement du tiers de la Chambre des conseillers, il est réellement difficile de distinguer le bon grain de l’ivraie. De même qu’il est permis de douter que cela puisse donner autre chose que la reconduction, sous les formes que requiert bien sûr la spécificité des législatives, des mêmes manœuvres concevables et légitimes, comme le concède Darif lui-même, dans tout jeu électoral.
Dans son analyse, l’islamologue appréhende correctement la confluence des alliances où l’eau douce ne se distingue guère de l’eau salée. Il est ainsi acculé comme beaucoup d’autres à constater qu’aucune frontière, idéologique ou politique, voire éthique, n’a été respectée. La déduction qu’il se devait de tirer consiste à savoir quelles différences de fond pourraient être aujourd’hui discernées entre un parti et un autre ? Si l’on excepte pour le PJD sa propension à régenter la vie des citoyens par un ordre moral qui touche jusqu’à leur façon de s’habiller et de manger, et pour le PAM sa volonté de faire la politique autrement mais qui n’arrive pas encore à trouver son chemin, il est difficile de fixer des nuances majeures entre les différentes formations, qu’il s’agisse des comportements au quotidien de leurs directions et de leurs militants, de leur inaptitude au renouvellement générationnel ou de l’originalité de leurs programmes respectifs.
Au bout de plus de trente ans d’un processus démocratique cahoteux, on avait fini par trouver une définition générique au mal du pays : le Maroc est une démocratie sans démocrates, une façon élégante de dire que la démocratie n’est pas la qualité première de nos partis. Sans doute, le PJD a-t-il réussi à faire illusion en réussissant la substitution de A. Benkirane à A. Othmani, mais pour un parti dont le référentiel culturel ne porte pas ses militants dans la vie de tous les jours à poser un regard de tolérance sur l’autre, il est recommandé de vérifier. Naturellement, les alliances auront lieu aux législatives de 2012, mais nullement sur la base du clivage démocrates-anti démocrates tant la démarcation entre «l’axe du bien et l’axe du mal» ne jouit ici d’aucune évidence. On peut fantasmer sur les ententes, mais dans ce cadre la démocratie a bon dos. Prenant rien que pour l’exemple celle qui fait évènement, inimaginable il y a encore un temps : que cherche l’USFP chez le PJD, une consolidation de ses tendances démocratiques? Ou plutôt un palliatif à la faiblesse de sa propre marge de manœuvre face au pouvoir à l’issue des dernières législatives. En contrepartie, le PJD quête chez l’USFP une nouvelle légitimation et une sortie de l’isolement. C’est un bon troc mais un troc ne peut constituer raisonnablement un programme. 

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