Un vendredi par moi

On aura beau dire, l’intrusion du PAM dans le champ politique a donné du tonus à la campagne électorale. Les joutes qui l’ont caractérisé ont réussi la réanimation d’une vie politique ronronnante mais ont aussi permis la réinstallation au centre du débat de la réflexion sur le présent et l’avenir de la transition démocratique au Maroc. Même si l’approche de la trêve estivale qui se fermera sur le renouvellement du tiers de la Chambre des conseillers ne le  laisse transparaître que modérément, mais le questionnement est bel et bien là:   Où en sommes-nous et où allons-nous? Aucun état-major politique n’y coupera d’autant plus que la célébration du dixième anniversaire de l’intronisation du Souverain se dessine comme l’instant d’un bilan global et d’un inventaire détaillé des actions menées tout au long des dix dernières années pour consolider les acquis et fixer l’horizon de la décennie à venir. Et que l’on soit, à tort ou à raison, pour ou contre, le PAM d’un Fouad Ali El Himma au cœur des passions y figurera en bonne place. Avec pour cap, dans une première étape, 2012; rendez-vous que s’est donné sans mystère l’ancien ministre délégué à l’Intérieur le lendemain même de sa démission.       

 Dès sa naissance, le MTD dont le PAM est présenté par son «guide spirituel» depuis le début comme «le bras politique», ne cache ni son dessein ni son ambition, démesurée aux yeux de certains: «faire la politique autrement, initier des débats, s’occuper de sport, de culture, de développement, offrir un cadre adéquat aux synergies des ONG, avoir [sa] propre équipe de football, [sa] banque de micro-crédit, [son] groupe de presse et  parler au nom de ce courant citoyen, fort, réel et divers qui adhère à [ses] valeurs.» Des valeurs, le mot est lâché mais lesquelles? L’authenticité bien sûr, dans ce qu’elle a de spécifiquement marocain comme de bien entendu. Mais ce n’est là que le socle du combat pour la modernité qu’une partie de la société marocaine rechigne à épouser et travaille à en saper les quelques fondements acquis par la construction encore en cours de l’Etat moderne. Il faut le reconnaître, le parcours s’est avéré accidenté et les législatives partielles de 2008 ont marqué la grande désillusion. Ce n’est certainement pas Salah El Ouadie qui me contredira, mais elles ont révélé que la rectitude morale d’un candidat porté par un casier judiciaire politique bien garni est loin de suffire à une réalité sociologique empêtrée dans des tracas sans rapport avec les idéaux et les grands horizons.

Dès lors, deux choix se présentaient. Jeter l’éponge ou composer avec une réalité qui pour déplaisante qu’elle est, n’en est pas moins incontournable. Le pari pris n’est pas sans péril car il comporte le risque que lui fait courir une base sociale suffisamment enracinée dans ses mauvaises habitudes pour résister à la volonté de lui proposer ou de lui imposer par le haut un remodelage salvateur. Mais au-delà de cet enjeu, c’est la recomposition, chaque fois repoussée, du champ politique qui est à mettre à l’ordre du jour. Elle devrait porter essentiellement dans un premier temps sur les partis qui ont pour dénominateur commun d’être nés dans le giron du pouvoir. Peut-être, et encore, que le Mouvement populaire de par son empreinte berbériste représente un cas à part, mais quid du RNI et de l’UC qui manquent cruellement de leadership et souffrent d’une stérilité intellectuelle notoire, alors même que leur espace est de plus en plus occupé par un PAM qui, quoi qu’on en dise, draine de nouvelles générations, tente une réflexion nouvelle et a à sa tête un homme, Fouad Ali El Himma pour ne pas le nommer, qui a su être un communicator de talent et a montré un charisme indiscutable?

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