Un vendredi par moi

BIB contre PIB. Bonheur Intérieur Brut versus Produit Intérieur du même nom. Khalil Hachimi Idrissi, vous connaissez, le directeur de ce journal, craignait dans son éditorial de mercredi dernier que la remise en cause de l’indicateur référence du PNUD ne revienne, en ce qui concerne le Maroc, à casser le thermomètre et fausser l’évaluation de notre niveau réel de développement. Pour une partie il a raison. En partie, il a tort. Globalement on peut en discuter. Mais le débat risque de n’être guère facile car il s’agit de trouver le moyen d’intégrer dans une évaluation essentiellement quantitative une estimation qualitative empreinte d’une bonne part de subjectivité. Dans notre pays, on ne comprend pas, malgré tous les efforts déployés, que le Maroc n’avance pas dans le classement du PNUD, d’où la remise constante de ses rapports annuels. On est dans le champ des statistiques et comme chacun sait, les chiffres, on peut leur faire dire la chose et son contraire d’autant que, semble-t-il, ils sont comme le bikini : ils cachent plus qu’ils ne dévoilent.
La remise en cause du PIB comme unique outil d’évaluation du niveau de développement, ou de croissance, c’est selon, n’est pas exclusive au Maroc. Dès son entrée à l’Elysée, le président français Nicolas Sarkozy a mis en place une commission qu’il chargea de trouver une autre façon de mesurer la performance économique et le progrès social d’un pays.  Deux Prix Nobel de l’économie, un Américain et un Indien, en compagnie de 23 autres experts internationaux planchèrent sur le sujet pendant presque deux ans et aboutirent à la conclusion que le PIB ne peut pas à lui seul tout synthétiser.  La preuve en est que cet indicateur n’a pas su ou pu donner la température de la maladie de l’économie mondiale révélée par la crise des subprimes et la faillite de la banque Lehman- Brothers. Ce qui n’est pas sans faire le bonheur du patron du Haut commissariat marocain au Plan, Ahmed Lahlimi. Depuis toujours, il a pesté et tempêté contre les indicateurs du PNUD, ce que lui concède aujourd’hui sans grand problème la directrice du programme onusien, Helen Clark, qui commence à comprendre que la mesure du bien-être  est tout aussi importante que la production économique.
Il ne suffit pas d’être riche mais heureux aussi. Vaste programme dont l’idée remonte aux années quatre-vingt. Le Roi du Bouthan – oui, le Bouthan existe – avait décidé de substituer au PNB le BNB, bonheur national brut, escomptant selon ses détracteurs un brin ironiques que le nirvana de la transcendance bouddhiste, on est dans l’Asie du Sud, procurait à son peuple plus de bien-être que la matérialité de la chose marchande. C’est connu, l’argent ne fait pas le bonheur, comme est connue la réplique cinglante de Coluche : «dans ce cas, donnez-le moi.» Je vous le prédisais, le traitement du sujet est compliqué. Malgré ses manifestations extérieures, le bonheur  est un état intérieur non pas brut mais net de tout problème. Ce qui est en soi problématique. Il est en plus intimement lié au malheur, sinon le malheur des uns ne ferait pas le bonheur des autres, et inversement. Comme un malheur n’arrive jamais seul, le bonheur est une notion à la fois subjective et relative digne d’une épreuve de Bac philo : vaudrait-il mieux être riche et malade ou pauvre et en bonne santé ? Et pourquoi pas prospère et en forme, ça se trouve non ? Les réponses varieront à volonté, mais ce dont je suis sûr est que le PIB n’est pas près de changer et qu’il faut prier pour ne jamais être pauvre et malade en même temps.

PS : Prier, ce sont les islamistes qui vont être heureux.

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