Un vendredi par moi

Le Maroc et sa presse. Il y a un tel brouhaha qu’on s’entend plus. Qui dit quoi au juste dans l’affaire de l’interdiction d’Akhbar Al Youm. La profession, à quelques exceptions près, est aussi dérangée par la réaction des autorités que par la multiplication des dérapages de la presse. Oui, il y a problème. La réponse n’est pas toujours là où on croit. Que chacune de nos jeunes et brillantes plumes aille de son cri d’émoi et d’effroi, c’est tout à fait compréhensible. Ils n’ont pas connu ce que l’on appelle communément les années de plomb. Que d’autres plus réfléchis se posent des questions, c’est sans conteste légitime. Mais que Abdelhamid Amine, vice-président de l’AMDH et incorrigible vieux de la vieille, évoque à propos de la censure et de la poursuite du quotidien «un retour franc et direct» à ces années-là, c’est abuser de l’excès. La mesure, malheureusement, n’est pas le propre de l’extrémisme, surtout lorsqu’on emporte sa patrie et son drapeau à la semelle de ses souliers. Pendant les années de plomb, le numéro d’Akhbar Al Youm contenant la caricature incriminée n’aurait même pas eu le temps d’arriver à l’imprimerie, a fortiori d’être distribué.  Du reste, je doute fort que le journal lui-même eut pu exister ou que son directeur, le cas échéant, resterait en circulation. Sans doute dans l’action des autorités à ces occasions il y a des bruits, mais peu de bottes.
Ce qui ne veut pas dire que ne nous sommes pas dans une phase de crispation. De guerre lasse. Comme si les patiences sont à bout. En face, la presse ou une bonne partie de la presse est-elle sûre de ne pas aller plus vite que la musique ? Que de faux débats et d’inutiles provocations!  Alors que des portes se sont ouvertes, que des espaces de liberté  ont été conquis, que des tabous sont tombés ! Sans revenir sur la tentation strictement mercantile de certains ou sur l’égotisme d’autres qui de médiateurs se transforment en justiciers et vont jusqu’à croire pouvoir se substituer aux partis politiques pour en combler les carences, il est vital pour les démocrates de se rappeler en permanence que le propre de la liberté est de ne pas savoir se retenir. Au risque d’en devenir liberticide. Faudrait-il pour autant la tenir en laisse ? Aucunement. Juste un peu de régulation car la liberté sans limites n’existe nulle part. L’outrecuidance, l’irrévérence, la provocation, l’à-peu-près, la satire vers le bas comme ligne éditoriale peuvent faire illusion sans rien apporter d’autre à la démocratie que les petits plaisirs de l’impertinence et le mauvais goût de l’inopportun. La liberté de la presse en danger ? Seule la mauvaise foi oserait l’avancer. La preuve toute bête en est ce cortège d’écrits et de commentaires qui accompagnent l’affaire d’Akhbar Al Youm. La presse a besoin d’une profonde introspection, elle-même l’assure. En sera-t-elle capable ? Capable de définir de quelle manière l’avancée vers le mieux, qui parfois peut être l’ennemi du bien, soit en flux tendu et non une capricieuse marée de va-et-vient.

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